La dernière saison

Partir.
Préparer son départ.
Partager son départ.

Ne pas partir, rester avec vous, partager ce moment où nous ne sommes pas partis, avec vous.

Dire au revoir.
Une dernière tournée, une dernière saison.
Un spectacle de finesse si on peut.
Un spectacle de joie, simple et coloré.
Une fête.
Un pot de retraite ?
Aurons-nous de la peine ? Je ne le pense pas.

Faire le chemin de tout ce temps de créations et de représentations ? Non !
Faire le chemin de tout ce présent de représentation, ici, aujourd’hui, avec vous, avec "La dernière saison" ? Oui !
C’est le projet.
Le seul vrai projet.

Un spectacle qui traverse les saisons, comme on traverse les âges.
Que l’on soit humain ou humanité ou planète terre ou galaxie ou univers.
Humains ou divins.
Un début, une fin.

Saisons d’un spectacle, saisons à peine effleurées en ce qu’elles nous emplissent de la joie de leurs présents.
Pluie, neige, feuilles, fleurs, parfums, chants et sons. Et fêtes. Mariages et enterrements. Naissances toujours arrivant.
Amour.
Amours.

Ah ce serait bien d’écrire ce texte au printemps ! Ça tombe bien nous sommes en mars.
Donc on vient vous dire adieu. On va venir vous dire adieu.
Quelle chance ! Nous vous espérons.

Le Cirque Plume donne représentation de son dernier spectacle.
Le commerce, les religions, les tyrannies nous promettent l’éternité. La plus basse proposition faisait mille ans.

Par essence, l’éternité qui nous est donnée est celle de la lecture, la vision, le partage d’un poème.
Quelle qu’en soit sa forme, il peut être un vol de freux sur un champ de blé.
Le regard d’un renard sur le chemin de la promenade, une goutte d’eau dans une feuille de rhubarbe, pour reprendre des images fondatrices de notre histoire.
Et puis les poèmes des humains, les livres, les bibliothèques. L’art et la vie.
La vie vivante, consciente de vivre, présente.
Etre présent.
Nous serons présents.
Vous aussi.

Ensuite, nous irons pêcher d’autres rêves sur d’autres rivières.
Et vous irez partager d’autres éternités avec d’autres artistes. Avec ceux qui jouent dans cette "dernière saison", je n’en doute pas.
Nous serons toujours avec vous.
Peut-être même assis à vos côtés sur le gradin trop dur d’un chapiteau épanoui.
On n’a pas fini de s’émouvoir.

Pour le Cirque Plume
Bernard Kudlak
Mars 2015