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Barbara Théate
UN ANGE PASSE. Un peu fripé, les ailes ébouriffées,
la barbe épaisse et les cheveux en bataille, le messager divin traverse
la scène du chapiteau à toute allure. Tour à tour sur des patins à roulettes,
sur un vélo suspendu au-dessus du public, dans les airs par l'opération
du Saint Esprit. Perdant parfois quelques plumes qui vont énerver la concierge
bougonne, amuser les musiciens, chatouiller le crâne chauve du jongleur,
inspirer les trapézistes, distraire l'équilibriste. Un ange maladroit,
ne sachant plus à quel saint se vouer, qui va mettre un peu de poésie
dans notre monde de brute.
"Avec Mélanges, je voulais mettre des liens dans cette société où les
gens ne se parlent plus. J'imaginais qu'un ange sans dieu fixe débarque
dans un lieu improbable, instaure une union entre des personnages et leur
permette de créer des choses ensemble", explique Bernard Kudlak qui tisse
depuis seize ans avec succès els spectacles du Cirque Plume. Mais peut-on
parler simplement de cirque lorsqu'on parle de
plume ? Théâtre, danse, musique, chant viennent accompagner et magnifier
les prouesses techniques des acrobates. Qui savent tout faire. La chanteuse
se transforme en équilibriste, la concierge en joueuse de scie musicale,
l'ange en trapéziste. Avec une facilité désarmante. "Aujourd'hui, la nouvelle
école du cirque apprends aux élèves à être polyvalents. Les rats du cirque
se permettent des styles très différents et cette liberté est une excellente
chose." La piste aux étoiles se transforme en scène de théâtre, en cabaret
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grisant, le chapiteau en station lunaire. La poésie et
l'émotion s'installent, le cirque devient hymne à la tendresse.
Un musicien qui s'envole sur sa contrebasse, la
concierge qui jongle avec son nez rouge en ombre chinoise, toute la troupe
qui joue à "un, deux, trois, soleil"… On se croirait dans un film de Kusturica.
"Le cirque est un peu le lieu de la nostalgie du paradis, qui ressemble
à la toute-puissance de l'enfance, où les contraintes disparaissent, où
tout devient possible. Notre imaginaire n'a plus de frontière. Reste au
spectateur à compléter, à rendre l'histoire encore plus merveilleuse et
à construire avec nous son spectacle", raconte Bernard Kudlak. Le contact
passe, le public, de tous âges, exulte, l'alchimie est magique. Plume
se veut un cirque s'inscrivant dans la tradition. "Nous lui sommes entièrement
redevables. On ne la trahit pas et on la développe dans le même esprit
: nous cherchons à être les plus performants techniquement pour offrir
un spectacle de qualité, avec des numéros variés et époustouflants, tout
ça sur un fond musical. Même si, chez Plume, la musique n'est pas un simple
décor, mais composante à part entière." Et surtout un cirque vivant. "Pour
les vivants. C'est vital à une époque où la télévision devient plus importante
que la vie elle-même, où les cloisonnements sociaux et culturels sont
maîtres. Le temps d'une représentation, on se retrouve à passer un moment
ensemble. A vibrer, à partager des émotions. Comme lorsqu'au début des
temps les hommes se retrouvaient autour d'un feu."
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