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La nouvelle fantaisie du Cirque Plume
convoque tout l'imaginaire lié au monde du peintre. Ses œuvres, ses outils,
son geste, sont les ingrédients du spectacle dont le cirque ne semble
souvent qu'un élément d'arrière-plan.
On entre dans L'Atelier du peintre comme on entre dans les Ménines de
Velasquez : la reproduction du tableau du maître, posé là à l'avant-scène,
met le public dans la posture de celui qui est regardé. Un joli clin d'œil,
et la joyeuse troupe de s'amuser en admirant le résultat du peintre, à
reconnaître tel ou tel spectateur ! Mais le rapport s'inverse tout aussi
rapidement, et nous voilà plongés dans le monde de l'illusion, invités
à contempler un univers pictural qui se met gracieusement en mouvement.
Les références sont multiples, on y croise Manet ou Ingres, l'Olympia
ou l'Odalisque, voire même Jackson Pollock… Nul besoin d'être historien
de l'art, ou de comprendre les private jokes sur Rembrandt ou Soulages
pour s'immerger dans L'Atelier du peintre : il suffit de se laisser aller
à la magie, de se faire doucement embarquer par un nu féminin qui prend
vie sous nos yeux, ou une sculpture figée qui devient l'élément indispensable
d'un main à main romantique. Comme toujours chez Plume, la musique fait
partie intégrante du spectacle.
Images et imaginaire rythment la folie du groupe
Musiciens, circassiens et comédiens brouillent les frontières des genres,
et la présence des uns alimente celle des autres. Les numéros s'enchaînent
ainsi dans un rythme effréné, jalonnés par les apparitions clownesques
du " papy " Kudlak : un monsieur loyal qui tente d'expliquer le monde
à l'aune d'un regard pictural éclairé, et qui tranche parfois avec les
interventions de ses collègues, comme autant de pochades où peintres et
clowns se confondent aisément. Images et imaginaire rythment la folie
du groupe La peinture devient matière folle pour l'amusement. On se barbouille,
on se jette des litres de couleurs, on s'en lance à coup de fusil à pompe
! Chaque artiste met la main à la pâte, comme dans ce final où la vie
prend naïvement forme sous nos yeux. Mais à vouloir trop parler de la
peinture, les numéros s'éloignent du cirque et de la poésie habituellement
à l'œuvre au Cirque Plume. Pas d'esbroufe dans les portés, pas de trouvaille
sinon musicale dans le jonglage, pas de surprise dans les sauts au trampoline.
Seule Kristina Dniprenko, à la roue allemande, semble braver la gravité
avec virtuosité et grâce. Dans ce spectacle à multiples entrées, reste
alors dans les esprits la douce et amusante folie du groupe, doublée d'inventions
scéniques troublantes. Le tableau, le cadre devient le support rêvé à
un imaginaire en mouvement. Quand celui-ci, fendu en son centre, happe
les personnages bien malgré eux, c'est Courbet qui refait surface, faisant
du tableau l'espace idéal à tous nos fantasmes…
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