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Voilà une discipline qu'il n'avait
pas encore mêlé à son cirque : Plume s'attaque à
la peinture. La troupe, qui fête son quart de siècle, présente
depuis lundi son dernier-né au public montpelliérain du
23e Printemps des comédiens.
L'épopée commence sur une scène que meublent une
toile retournée et un tableau : Les Ménines, de Vélasquez.
"A cause du texte que Foucault lui a consacré ",
précise Bernard Kudlak, metteur en scène, qui développe
: "Accueillir le public avec cette uvre, c'est une
façon de dire : "Ce qu'on montre sur scène, c'est vous.
Vélasquez n'est-il pas en train de vous peindre ?"
Illuminé, le visage de l'infante semble veiller sur les mille spectateurs
qui occupent les gradins du Cirque Plume. Le calme avant la tempête.
Bernard Kudlak conçoit l'Atelier du peintre comme "un voyage
dans l'imaginaire de l'artiste". Artiste peintre en l'occurrence,
mais aussi sculpteur, tous deux partageant l'obsession de donner vie à
l'oeuvre.
Sangles. Sous le chapiteau jaune, s'éveille la Venus au
miroir de Vélasquez et s'anime la statue d'Apollon. Les Plumes,
tantôt artistes, tantôt modèles, se succèdent
dans des tableaux profondément mélancoliques, ou irrésistiblement
drôles. Au-delà de son atelier, le public se retrouve invité
dans l'esprit même du peintre. Ainsi passe-t-on de l'oisiveté,
source d'inspiration, à l'ivresse et la souffrance, dans un numéro
de sangles aériennes d'Antoine Nicaud à couper le souffle.
Car pour celui qui écrit et met en scène les spectacles
du Cirque Plume depuis ses débuts, "si la souffrance n'est
pas indispensable au processus de création, quelque chose de l'ordre
du manque l'est ". C'est ce manque, cette envie irrésistible
de peinture, qui lui a fait rompre son vu de ne jamais tomber dedans
"de peur de ne jamais pouvoir en sortir".
Peindre ou faire du "spectacle vivant", Bernard Kudlak n'a pas
choisi. Et il a bien fait : pour le plaisir des sens, il réunit
les arts au sommet, toujours sur une onirique bande-son originale de Robert
Miny. "Fondamentalement, le cirque rend possible cette union,
dans son rapport à l'immédiateté, et finalement,
leur nature commune : l'émotion", précise Kudlak.
Pétales. Mystique Chelsea O'Brian suspendue à son
"cerf-volant", enfantine Laura Smith évoluant sur son
trampoline tel un papillon au milieu de pétales rouges, impressionnante
Kristina Dniprenko sur sa roue allemande, clowns et jongleurs : le cirque
fraternise avec la danse, le jeu, la musique et la poésie. Tout
ce qui participe à la marque de fabrique de Plume, la beauté
plastique exacerbée.
"Peut-être le spectacle le plus complexe à concevoir
", l'Atelier du peintre permet à Plume de franchir encore
une étape vers l'inconnu. "On va où ? Telle est la
question".
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