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Le Cirque Plume, toute une histoire
Bien que les principaux fondateurs du cirque Plume se soient rencontrés
ultérieurement, l'aventure débute en 1984 par une réunion
au cours de laquelle Bernard Kudlak " propose de créer un
cirque, un projet qui réunirait l'esprit de la fête, la politique,
le rêve, les anges vagabonds, le voyage, la poésie, la musique,
les corps, dans une envie fraternelle, non violente et populaire, Le Cirque
Plume ".
Une bonne vingtaine d'années et neuf spectacles
plus tard, que reste-t-il de cette jolie folie ? Une intuition, un des
piliers du nouveau cirque, un esprit de création collective où
chacun apporte ses idées, son brin de folie, et une nouvelle création,
" L'atelier du peintre ", que son concepteur présente
comme " un voyage dans l'imaginaire de l'artiste ". Aux manettes
musicales nous retrouvons un autre membre fondateur, Robert Miny, qui
tout au long de ce spectacle nous balade au gré de sa musique jouée
en live par la troupe.
Une succession de tableaux...
" L'atelier du peintre " débute avec une reproduction
des " Ménines " de Vélasquez, ce tableau est symbolique
du spectacle : le tableau est dans le tableau du peintre représenté
sur le tableau. Cette mise en abîme pourrait laisser présager
un spectacle hermétique et intellectualisant, il n'en est rien,
les tableaux et les références se succèdent avec
légèreté et poésie, et tous les publics y
trouveront leur compte. Tout au long de ce spectacle rythmé et
joyeux, les tableaux s'animent ; une odalisque sculpturale s'éveille
parmi les anges pour envoûter et kidnapper l'amateur d'art ; une
sculpture au cur fait de tout sauf de pierre s'anime et prend vie
pour un duo acrobatique et magique ; le tissu d'une robe s'inspire à
la fois de Klimt et des tournesols de Van Gogh tandis que le bleu Klein
habille d'un rien une naïade et que le sable et la lumière
sculptent des images d'arbres japonisants. Les genres et les époques
se croisent pour servir l'aspect esthétique du spectacle.
...et de numéros.
A la virtuosité picturale et musicale, il faut ajouter celle des
corps et des numéros qui allient à la fois technique et
beauté. Le numéro de tissu aérien de Chelsea O'Brian
tout en envolées se fait délicatement, elle est dévoilée
successivement par des jeux de tissus légers, de lumières
et de fumées. A la fois simple et belle, cette muse inspire peut-être
cet artiste maudit interprété par Antoine Nicaud. Ce dernier
nous offre un tour de force magistral et enlevé avec son numéro
de sangles aériennes.
Céleste toujours, telle un papillon qui butine de fleurs en fleurs,
Laura Smith s'envole sur son trampoline dont elle fait naître des
pétales de fleurs rouges. Une image magique qui reste longtemps
après avoir quitté la salle ! Les acrobaties au sol ne sont
pas oubliées avec le duo à la statue, magnifique main à
main interprété par Mark Piekio et Laura Smith. Kristina
Dniprenko quant à elle nous offre un numéro de roue allemande
tout en souplesse, délicatesse et poésie.
Rire et musique...
Les clowns ne sont pas en reste, ils ponctuent et disséminent leur
touche de bonne humeur et de fou rire tout au long du spectacle, véritable
fil conducteur de ce tableau, les " papys peintres " Robert
Miny et Pierre Kudiak éparpillent leur art et leur notion toute
personnelle de la peinture ; les outils allant de la truelle au bazooka
qui finit par scotcher le maître au tableau, dessinent un univers
un peu fou et parfaitement fouillis. Cet humour potache est parfois légèrement
long et indigeste, mais parfois il se révèle aussi délicat
et poétique comme cet intermède de la petite fleur interprété
par Hugues Fellot dit " Pedro ". Tibo Tout Court, alias Oui-Oui
est quant à lui un magicien visuel et auditif. Ses balles blanches
voltigent dans l'espace et se croisent avec des balles noires, ombres
renvoyées par un jeu de miroir, le tableau est complété
par une musique live interprétée à la fois parles
musiciens mais aussi par Tibo qui découpe des notes musicales grâce
à un plancher sonorisé ; le tout se croise et se répond
pour construire un tableau magique.
Et au final ?
Le final réunit tout le monde, pour un grand jeu de trampoline,
les artistes se croisent dans une structure de métal et de toile,
les musiciens règlent le tempo de cette chorégraphie aérienne,
le jeu se calme et chacun s'approprie une toile avec plus ou moins de
talents : reste pour terminer un tableau hétéroclite de
toiles plus ou moins réussies, une sorte de salle de musée
conçue par un conservateur fou. C'est assez emblématique
de ce spectacle, nous ressortons avec quelques belles images dans la tête,
mais avec le sentiment que l'assemblage n'est pas fait. Le prétexte
de l'atelier du peintre ne fait pas tout, et laisse un goût d'inachevé...
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