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Le cirque Plume avait déjà
triomphé en 2004 avec "Plic Ploc". Il est de retour avec
"L'atelier du peintre". On y attend 9 000 spectateurs !
Une émotion primitive. Plic Ploc, la précédente création
du cirque Plume, avait laissé le souvenir d'une beauté indicible,
irréductible au langage, muette, sublime. Elle ne contait rien
moins que l'inénarrable : le destin d'une goutte, pensez ! Elle
était magie et notre émotion, ravissement irrationnel. Primitif.
Sans voix.
L'atelier du peintre, à voir au Domaine d'O à Montpellier
dans le cadre du 23 e Printemps des comédiens jusqu'au mercredi
1er juillet, travaille moins l'essence du monde (l'eau, la vie, ce genre)
que les sens de la représentation d'icelui. La troupe franc-comtoise
menée par Bernard Kudlak a en effet choisi de mettre en scène
son évident génie circassien et sa munificence artistique
dans l'espace de la création picturale. L'atelier du peintre c'est
l'endroit où l'émotion, avant cela nue et primitive, se
vêtit de pigments, de lignes, de perspectives, de réflexions,
et se civilise. Elle devient art.
Pendant les deux heures que dure le spectacle, les treize artistes n'ont
ainsi de cesse de jouer avec les références picturales,
travailler avec les dimensions, fouiller la notion du cadre, s'amuser
de notre rapport à la représentation figurative ou non,
donner la vie aux modèles peints ou sculptés, offrir une
âme aux objets inanimés... Leur alacrité est contagieuse,
leur sens du burlesque irrésistible, leur inventivité jubilatoire
et leur engagement artistique total. Les numéros plastiques et
élastiques se succèdent sans temps mort sur des musiques
on ne peut plus vivantes et libres de Robert Miny : jonglerie, acrobatie,
trampoline, main à main, danse, sangles aériennes, roue
allemande, clownerie... Cet Atelier du peintre a quelque chose d'un musée
que l'on pourrait visiter au pif, en nous fichant des flèches au
sol et du regard outré du conservateur. Voilà donc, si l'on
ose dire, une suite de tableaux émouvants et mouvants, certains
sont de bouleversants chefs-d'oeuvre de composition, d'autres relèvent
de l'exquise esquisse et il est des toiles parfois un peu décousues.
L'essentiel est d'en prendre plein les yeux ? C'est le cas.
Reste qu'encore une fois, Bernard Kudlak n'entend pas juste barbouiller
des émotions sur nos rétines consentantes, il veut peindre
des réflexions au plafond de nos chapelles crâniennes. Dans
L'atelier du peintre, la parole a donc droit de cité... et de citer.
Quitte à souligner. Quitte à dessiner au sol les flèches
dont on se croyait épargné. De cette volonté de signifier
naît notre légère frustration. Pas loin d'être
celle de l'enfant sauvage enfin tout beau tout frais mais un poil corseté.
L'entrée dans la civilisation ne va jamais sans la nostalgie de
l'état de nature. Et il n'est que ceux qu'on aime qui ont l'élégance
de nous décevoir parfois un peu.
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