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« Latelier du peintre nous
interroge sur la représentation et sur lart en général,
nous confronte à un miroir, ce qui nest pas toujours confortable
» raconte Bernard Kudlak, metteur en scène, dans ses carnets
de bord que vous pouvez trouver sur le site du Cirque Plume (conseillé
vivement à tous ceux qui aiment les pérégrinations
angoissées et enthousiastes dun cerveau en ébullition
!). Bernard Kudlak a réussi son neuvième pari. Réfléchir
beaucoup, laisser reposer souvent, pour nous proposer in fine, une uvre
subtile, truffée dallusions aux peintres et à leurs
uvres, mais où personne ne se perd car, même sans aucune
connaissance picturale, la magie opère.
Comme dans un jeu de miroirs, le tableau des Ménines de Vélasquez
annonce la couleur. Qui peint qui ? Qui sera le peintre et qui sera le
modèle ? Alors, chaque artiste se met dans un cadre et pose. Des
clins dil comme celui-ci, le spectacle en regorge et le public
peut jouer à les repérer. À noter dailleurs
un certain goût pour les uvres qui firent en leur temps scandale,
tel le portrait des surs dEstrées où lune
pince, dans un geste surprenant dimpudeur, le mamelon de lautre
; lOlympia de Manet dont la nudité choqua ou encore les empreintes
de Klein qui trempa des corps de femmes dans son désormais célèbre
bleu. Ainsi les tableaux se baladent, sortent du cadre et deviennent même
matière à escalades.
Mais les Plume ne se contentent pas de nous montrer
des uvres reconnues, ils créent en direct des peintures sur
corps, sur toiles, des orgies de couleurs, des cris picturaux devant lesquels
sextasie un improbable amateur dart (on perçoit à
peine lil ironique du metteur en scène face à
un certain type dart contemporain !). Et les images sont belles,
poétiques et même surprenantes de qualité, tels ces
deux clowns qui se dessinent au milieu dun ballet de pinceaux dans
le tableau final.
Et bien sûr, il y a les numéros.
De grande qualité technique et esthétique, ils sont assez
ébouriffants. Kristina Dniprenko semble être née sur
sa roue allemande, Antoine Nicaud offre ses muscles noueux qui sétranglent
sur des sangles, nous proposant ainsi une très belle transposition
de lartiste maudit englué entre alcool et désespoir
et enfin Tibo jongle incroyablement, ses balles deviennent instruments
de musique et sharmonisent parfaitement avec le xylophone.
La musique justement est aussi uvre
dart car elle a été composée avec la même
acuité par son créateur, Robert Miny. Tout fait son, tout
fait sens : du verre brisé, des bouteilles, du sable et même
des morceaux de polystyrène qui crissent sur un miroir. Le miroir,
encore et toujours, un aller-retour entre lartiste et son uvre,
entre le spectacle et les spectateurs, et cet étrange mystère
qui fait que cela vient résonner en nous comme un écho
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