froggy’s delight
1er octobre 2005

Cirque Plume : Plic Ploc

Romain

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Quelquefois, dans de très rares circonstances, les mots ne se suffisent plus à eux-mêmes. Certaines choses les rendent obsolètes, car trop éloignées de la réalité, du vécu. C’est dans ces situations extrêmes que leur utilisation vulgarise le sentiment ou l’émotion ressentie. Une expérience artistique quelconque se prête immédiatement à commentaires, elle est livrée aux contorsions linguistiques les plus affinées. Tandis qu’une expérience extraordinaire doit se digérer pour mieux s’épanouir intérieurement.
Le nouveau spectacle de la compagnie du Cirque Plume, "Plic Ploc", qui a posé son chapiteau à la Villette du 22 septembre au 27 novembre 2005, avant de partir parcourir la France, fait partie de ces moments, que l’on retiendra longtemps tant il fût éblouissant. C’est la raison pour laquelle il m’a fallu près d’une semaine pour enfin prendre la plume (le clavier plutôt) et en rendre compte. La peur de ne pas être à la hauteur, de le vulgariser pour en revenir à mes propos précédents, sont autant de facteurs qui m’on fait reculer devant l’épreuve. Mais bon, après tout, je suis là pour ça.
Tout commence comme une banale fuite d’eau, que trois personnes tentent d’expliquer…la salle bourdonne encore, car aucune baisse subite de lumière n’est venue la prévenir du début du spectacle. Ce préambule, qui n’en est pas vraiment un, a pour but de nous présenter l’acteur principal, la pièce maîtresse du spectacle : l’eau. D’un coup, les lumières s’éteignent, la salle se tait. Passe alors doucement une petite charrette, telle une barque, semant derrière elle une multitude de métronomes, formant un drôle de champs, actionnés dans la foulé par une armée planante d’Hommes. Les cliquetis se chevauchent, s’entremêlent, s’accrochent, s’agrippent dans une jolie et douce cacophonie.
Pendant deux heures, les 13 comédiens vont émerveiller le chapiteau avec leur mélange de danse, de musique, d’acrobaties, de cirque…une troupe polyvalente où chacun met ses qualités personnelles au profit d’un show grandiose.
L’eau, qui est donc l’élément central, inondera abondamment à de nombreuses reprises le sol et les comédiens. Elle sera sujette à de magnifiques effets visuels (ombres, lumières…) et sera utilisée comme un instrument de musique à part entière. Les comédiens jouent avec l’eau, qui joue elle-même avec eux. Une sorte de relation complice entre l’Homme et l’élément s’installe. Jamais une chose aussi "banale" que l’eau aura pris une telle importance.
La musique, composé par Robert Miny, membre de la troupe, est sublime et sublimée par le fait qu’elle soit interprétée live. En effet, les instruments sont amenés sur scène au fur et à mesure, et chaque comédien en maîtrise un avec talent. Elle se superpose parfaitement à l’action. Elle se fait tantôt douce, tantôt tonitruante…elle n’étouffe jamais le spectacle mais le transcende.
On se love tout entier dans un show à la fois céleste, aérien, terre à terre…magnifique tout simplement. Aucun moment ne fait retomber la magie, on n’a d’yeux que pour la scène et ce qui s’y passe. On se laisse bercer visuellement et musicalement…en totale confiance. Une espèce de rêve éveillé nous habite, tant les effets sont travaillés et surprenants.
Le chapiteau applaudit à tout rompre entre chaque séquence. Il vibre au rythme des facéties des comédiens, tremble durant les acrobaties, rie pendant les passages loufoques…
Il m’est tout bonnement impossible de décrire tout ce qui se passe pendant ces deux heures magiques, et il est aussi de mon devoir d’en dévoiler le moins possible pour laisser l’effet intacte. Quel que soit votre âge, vos goûts (cela n’a rien à voir ni avec du théâtre, ni avec du cirque à proprement parlé), votre humeur, vos soucis…courez voir ce spectacle envoûtant.
Quand les mots sont de trop….