Le Dauphiné Libéré
4 mars 2018

Cirque Plume : « Toute vie porte en elle sa fin »

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SPECTACLE | Depuis 2002, le Grand Angle accueille la compagnie, qui a décidé de s’effacer en 2020

Le Cirque Plume revient au Grand Angle pour présenter sa nouvelle création « Dernière saison ». Le spectacle va tourner jusqu’en 2020, puis la compagnie disparaîtra après 34 ans de poésie. Le directeur artistique, Bernard Kudlak, nous raconte l’esprit du Cirque Plume, son lien avec Voiron et nous console.

> Pourquoi venez-vous plus souvent à Voiron que dans les grandes villes proches ?
« Le Cirque Plume est une compagnie plutôt fidèle à ses partenaires. Et le fait de jouer dans une petite ville – ce qu’on ne fait pas souvent – est conforme à ce qu’on pense. On devrait revitaliser les villes moyennes et arrêter de grossir les immenses villes pleines de pouvoir. »

> Vos six dates au Grand Angle sont complètes. Êtes-vous touché ?
« C’est un très grand plaisir d’avoir créé depuis plus de 20 ans une fidélité, partout, avec un immense public. C’est une grande joie et un privilège incroyable. Partout où nous allons, c’est complet. À Caen, on a fait 16 représentations à guichets fermés et le directeur de la salle pense qu’il aurait pu en faire 10 de plus. C’était une volonté, un choix et une espérance qu’on avait de créer des spectacles qui pouvaient réunir toutes les classes d’âges et toutes les classes sociales dans une œuvre exigeante. Le rêve de Vilar de faire un spectacle élitaire pour tous nous a conduits un peu. »

> Vos positions politiques sont toujours d’actualité, trente ans après. Vous qui n’avez jamais embauché de lions ou de tigres, est-ce que vous vous retrouvez dans le mouvement contre les animaux de cirque ?
« Notre société est en train d’exterminer l’ensemble des espèces et c’est à ce moment qu’on dit « ce n’est pas bien qu’il y ait un lion dans un cirque ». Mais on continue le commerce, les pollutions hallucinantes, on continue une pêche industrielle présente sur la moitié des mers du globe. Le problème, c’est l’hyperconsommation de tout. Elle est en train de nous faire crever. Ces problèmes nous intéressent. Hyperconsommation, hyperpollution, hyperconcentration des pouvoirs dans des hypervilles où plus personne n’a les pieds sur terre. Tout le monde est hors sol ! »

> Vous sentez-vous en dehors de cette société ?
« Tout le monde est dans la société, mais à des places différentes. Ceux qui pensent être à côté sont dedans ! Pour faire circuler notre cirque, on a dix semi-remorques, on fait partie de l’histoire. Les choses sont complexes et paradoxales. »

> C’est vraiment le bon moment pour partir…
« Mais toute vie porte en elle sa fin. Rien n’y échappe ! Même les galaxies, alors on est tranquille. »

> Vous n’utilisez jamais le mot retraite dans vos interviews, vous ne l’aimez pas ?
« On va continuer à vivre, à être des artistes, mais on ne va plus porter une compagnie avec 40 personnes, dix semi-remorques, c’est quelque chose de lourd ! Vraiment ! Mais je préfère le mot espagnol pour retraire : jubilación. Quand on me demande ce qu’on va faire après, je dis : « Après, je rentre en poésie ». C’est ce que je vais essayer de faire, ce n’est pas facile… »

> Mais vous avez fait ça toute votre vie !

« (Il rit) Oui je sais mais ça m’amuse de dire ça. »

Propos recueillis par Célia AMPHOUX

Explosion d’émotions pour « La dernière saison »

C’était une parenthèse. Un rêve, partagé par le public du Grand Angle, vendredi soir. Le Cirque Plume donnait sa première représentation (sur six) à Voiron de sa « Dernière saison ». Les 14 artistes ont offert deux heures de poésie. Les musiciens, acrobates, clowns, évoluaient sur scène au fil des saisons. Les jeux de voiles, de lumières, d’ombres créaient une ambiance envoûtante.
Le spectacle était une explosion d’émotions. On a ri avec cet incroyable « acrobate zoomorphe » qui imitait le singe et le cheval à la perfection. Ou avec ce concours de gros ventres ! On a été mu par la beauté et la délicatesse de cette équilibriste sur son mât chinois. On a swingué, tout le long, grâce aux musiques de Benoit Schick. On a frissonné en regardant les jambes de la contorsionniste… On a été impressionné par cette multitude de petites trouvailles ingénues : des brosses à balais devenus des skis, des valises prises pour des instruments de musiques, des parapluies qui s’illuminent. Et puis on a retenu une larme, lors du final aux airs de boîte à musique mélancolique. Les spectateurs, petits et grands, ont été conquis. Tous debout à la fin de la représentation.

K.B.