La Nouvelle République des Pyrénées
7 novembre 2002

Écrit à la Plume

Pierre Challier

Or donc, le Cirque Plume s’est installé pour la semaine au parvis. Il reste quelques places et qu’on se le dise… parce que c’est toujours aussi beau.

Écrit à la Plume | La Nouvelle République des Pyrénées (presse_récréation) {JPEG}

C’est un peu comme l’histoire d’Héraclite. Lequel constatait il y a déjà beau temps que si c’était toujours le même fleuve qui coulait sous ses yeux, ce n’était jamais la même eau qui passait devant son regard.
18 ans que Plume existe. Toujours Plume, mais une magie différente à chaque fois… permanence de la surprise poétique, ce que l’on se disait déjà régulièrement lors de chaque nouveau spectacle. Et ce que l’on se dit encore lorsqu’on les retrouve en "Récréation" cette année, les gens de Plume… à nouveau superbement surprenant… quand bien même l’équipe fondatrice s’est livrée au difficile exercice du florilège : proposer un nouveau regard sur les grands classiques du répertoire Plume, bref faire de cette récréation un récréation… avec un résultat simple à la clé : 1h45 de pur bonheur.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit comme on revoit, que l’on relit avec le même émerveillement ces pages de poésie qu’ils ont su rendre uniques. Lorsque du décalage et de l’incongru, du petit grain de sable venu se perdre sur scène en forme de rond de lumière, naissent une lune, une bulle, puis tout un univers… une galaxie d’images comme autant d’étoiles pétillantes qui n’ont plus d’autre piste à suivre que celle du rêve libre. Une fanfare aux couvres bosselés défile… mais c’est soudain Satie qui surgit au détour d’un orchestre de bouteilles, de verres de cristal. Un homme joue avec son ombre, mais c’est une femme qui grandit en miroir et joue avec lui. Les sangles, la corde descendent des cintres, mais elles libèrent l’acrobate, la danseuse dans l’espace…
Et le monde de Plume s’envole à l’unisson, à jamais léger et aérien à l’instar du joueur de tambourin s’élevant en apesanteur puis prenant son vol sur une contrebasse.
Léger, déconnant même au besoin, mais jamais désinvolte comme plane alors l’ombre de Peter Pan dans son sillage… Ou comme plus loin celui qu’on pouvait ne prendre "que" pour un fils naturel du regretté Mac Ronney revient en marchant sur les mains. Car rien n’est plus sérieux ni difficile que savoir rendre un regard, une âme d’enfant aux adultes, de convoquer l’impossible en simple camarade de jeu, comme le fait Plume, en ricochant du rire le plus franc avec son ultime numéro de brosses à dents, vers les sourires de la tendresse, de l’émotion aussi, tandis que tour à tour les artistes s’interrompent. le temps de dire pourquoi et comment ils sont arrivés là, au Cirque Plume. Qu’ils confient leur parcelle de vérité, de quête, de beauté…
Contorsionniste, femme orchestre, jongleur, voltigeurs, musiciens…de ces parts d’intimité c’est alors autre chose qui surgit. Des mots pour dire que rien n’est écrit à l’avance. Et que ce cirque-là, c’est peut être et avant tout ça, aussi une réunion d’hommes et de femmes qui n’ont pas voulu qu’on écrive leur vie pour eux. Qui ont alors préféré prendre Plume pour l’écrire eux-mêmes, à l’encre de leurs propres rêves. Image de ce nez rouge planté sur une ombre que l’on remporte alors précieusement chez soi pour s’endormir dessus.

Plume est au Parvis jusqu’au 9 novembre. Il reste quelques places.