Télé 2 semaines
30 août 2008

Et vogue le Cirque Plume...

POÉSIE  : Précurseurs du "spectacle vivant" dès 1984, ces acrobates et musiciens d’un nouveau genre offrent à leur public des numéros légers, tableaux joyeux et colorés... sans nez rouge, dompteur ni piste aux étoiles. Un joli conte, très mouillé

Anne-Élisabeth Le Gal

Et vogue le Cirque Plume | Télé 2 semaines (presse_plicploc) {JPEG}

Le Cirque Plume fait la peau à tous les clichés. Il est 14 heures et, sous le chapiteau d’Elbeuf, en Normandie, les treize artistes de la troupe ne sont pas en pleine agitation physique - premier cliché - mais cérébrale. Tous réfléchissent au prochain court métrage qu’ils vont réaliser et intégrer au DVD de leur spectacle. Pierre Kudlak, administrateur de la tournée et co-fondateur du cirque, prend la parole : " J’ai écrit quelque chose et j’aimerais qu’on gamberge ensemble. " Le mot revient souvent car chez Plume, on n’arrête pas de gamberger. Même pendant l’entraînement physique, les acrobates parlent plus qu’ils ne s’envoient en l’air. Au-delà du rêve qu’inspire leur création, il y a une réflexion. Celle-ci débute en 2001, à New York, lors de la première de Plic Ploc. Alors que les États-Unis refusent de signer le protocole de Kyoto (visant à lutter contre le réchauffement climatique), Bernard Kudiak, co-fondateur de la compagnie, imagine que le climatiseur américain installé dans le chapiteau se dérègle. Des fuites d’eau se manifestent et Plic Ploc se met en place. Sept ans et 400 spectacles plus tard, les artistes connaissent leur rôle sur le bout des doigts. Deuxième cliché brisé : celui des répétitions obligatoires. Il est 15h30 et seuls quatre acrobates s’échauffent pendant que les techniciens essuient la scène, aspergée chaque soir par 800 litres d’eau. À 17 heures, Sylvaine, la contorsionniste, s’élève dans son anneau tandis que Benoît, le pianiste, commence ses gammes. À 20 heures, un troisième cliché vole en éclats : celui du stress avant le lever le rideau. Un brouhaha se fait entendre, le public prend place, mais derrière la toile qui sert de rideau, tous semblent zen. Les projecteurs s’allument. Une goutte d’eau tombe. Puis c’est l’inondation et un magnifique délire de deux heures, trop courtes