Zurban
12 octobre 2005

FANTAISIE AQUATIQUE

Charmeuse de tuyaux ou dompteur de parapluies : les artistes du cirque
Plume se mouillent dans "Plic Ploc". Et prennent l’eau à bras-le-corps...

Charlotte Lipinska

Fantaisie aquatique | Zurban (presse_plicploc) {JPEG}

PlicPloc***
Il suffisait d’une goutte. Ou de la crainte d’une goutte. Celle qui aurait pu s’échapper de l’imposant dispositif de climatisation qui entourait le chapiteau de la compagnie à New York, en juillet 2001. Le cirque Plume avait investi la Grosse Pomme pour y donner son précédent spectacle, Mélanges (opéra plume). Il faisait très chaud dehors, agréable dedans. George Bush avait refusé de signer le protocole de Kyoto contre le dérèglement climatique. Le metteur en scène Bernard Kudiak, lui, s’interrogeait... Que se passerait-il si le climatiseur se déréglait ? "Quand une goutte d’eau tombe, on met une gamelle dessous pour ne pas tout mouiller... Et une goutte qui tombe dans une gamelle, ça fait une note de musique. Plic ! Et plein de gouttes... Plein de notes. Plic Ploc !"
Gouttes et fuites. Bien arrosée, l’idée germe dans la tête du metteur en scène et des artistes de la compagnie. Celle d’un spectacle de cirque interrompu par des gouttes et des fuites. La scène prend l’eau mais au cirque comme ailleurs... the show must go on ! L’ingéniosité du cirque Plume est de ne pas limiter l’idée au postulat. Car si l’eau s’invite et dérègle les numéros des artistes, charge à eux de faire avec ! En l’occurrence, transformer l’élément aquatique en agrès "circassien". Et devenir charmeuse de tuyaux, dompteur de parapluies, batteur ou jongleur de jets d’eau... C’est là que les aficionados se réjouiront de retrouver le charme d’une compagnie qui fait aujourd’hui le tour du monde.
Précurseur de ce que l’on nomme désormais le "nouveau cirque", Plume déploie depuis plus de vingt ans son univers poétique, musical et ludique en diable. Et avant tout extrêmement drôle ! Ce n’est pas l’eau qui change la donne. Car aux images poétiques (une rivière de métronomes et de coquelicots, une pluie de bulles de savon, etc.) succèdent des séquences irrésistibles. Réparer une fuite peut se révéler acrobatique. Mais aussi déclencher l’hilarité générale puis laisser bouche bée par un envol magique ! Les artistes mouillent leurs (forts beaux) costumes et n’hésitent pas à faire preuve d’autodérision. Car ici, aucune complaisance a l’égard d’une imagerie des arts de la piste un peu désuète ("le cirque, c’est la nostalgie du paradis).
Conventions et détournements. Et si le spectacle sacrifie à quelques conventions traditionnelles (1e salut à la fin de chaque numéro), il joue aussi de ses codes et les détourne (mi-Auguste, mi-garçon de piste, Gisèle est appelée à la rescousse à la moindre goutte). Ce qui n’exclut en rien l’émotion et la beauté de certaines scènes, telles une marée basse improvisée sur laquelle se promènent des amoureux ou l’époustouflant numéro d’une petite contorsionniste, mutine à faire s’évanouir un congrès de Kinés. Drôle, fantaisiste et aquatique, PlicPloc est réjouissant deux heures durant. Il faut dire qu’après le triomphe de ses précédentes créations, le huitième spectacle du cirque Plume était attendu comme le Messie. Ça tombe bien, il arrive en traversant les flots.