Franchement j’espère sincèrement me tromper (extrait n°8 du 18 juin 2007)

Lundi 11 juin 07
Abstention.

Non mais franchement, les Franssouzes, il n’y a que le spectacle qui les intéresse, ma parole : plein de monde qui vote pour l’élection du Président de la République au suffrage universel (ce régime douteux et monarchique) et quand il s’agit d’envoyer au parlement les représentants du peuple, plus personne ! 40% d’abstention… c’est énervant. La politique, c’est la Starac, la télé a encore gagné !
Cela donne de la baisse au moral. Non pas que nous soyons étonnés, mais c’est déprimant. Comme beaucoup de monde, je viens de visionner sur Internet la vidéo où l’on voit Nicolas Sarkozy - qui semble s’être poivré le nez avec le tsar blanc - mal assuré, en train de bafouiller pendant sa conférence de presse du G8. Comme ce n’est pas LCI qui va nous montrer ces images, vu que le berlusconisme semble avancer à grands pas dans notre beau pays de France (je n’attends qu’un vrai démenti de cette impression !), ce sont nos amis de la télévision belge qui ont fait le boulot. Pour la liberté de penser et d’être informés, nous allons avoir vraiment besoin de nos amis wallons et d’Internet, dans l’avenir.
Les temps qui s’avancent m’inquiètent. J’ai peur pour mon pays. J’espère sincèrement que je me trompe. On verra bien.
L’image de Sarko, visiblement bourré (d’alcool ou de narcissique nectar ? À tout prendre, je préférerais que ce fût la première solution, une faute occasionnelle plutôt qu’une névrose narcissique permanente) pendant sa conférence de presse, est très dérangeante : voici ce qu’en conclut Richard Werly, du quotidien suisse "Le Temps", dans un article intitulé "Heiligendamm, jeudi 7 juin, 17h30...". Il était présent à la conférence (au troisième rang, dit-il) :
"Amphétamines, alcool, déprime ? Laissons de côté les rumeurs qui vagabondent sur l’Internet. Ce qui m’a sidéré, en cette fin d’après-midi au G8, c’est que Nicolas Sarkozy ne parlait pas de l’état du monde. Il nous parlait de lui, de sa "franchise", de son "agenda", de son "calme". D’abord ivre d’être là. Saoulé par ses propres paroles".

Enfin, ceux qui ont voté pour l’ivresse ce week-end ont coloré la France en "bleu Compagnie Républicaine de Sécurité". C’est une jolie couleur, il y en a beaucoup qui aiment. Les autres sont allés à la pêche ou picoler un peu avec Poutine, on ne sait pas.
J’aime mieux le bleu Klein (qui n’est pas le bleu déclin…) et les belles dames qui en étaient couvertes. Mais franchement, tout le monde s’en fout !

Le fantôme de la pluie {JPEG}



La pluie de ces derniers jours a dessiné un visage d’humidité et de mousse sur le mur d’une ancienne colonne de support d’un hangar, au temps lointain où le lieu où j’habite était une usine, une tournerie à bois. Un graffiti d’orage. Comble de surprise, ce visage ressemble à ceux que nous avons créés, lors de nos recherches pour ’L’atelier du peintre", par réflexion de l’image donnée par un miroir sur un drap, miroir recouvert de semoule avec laquelle nous dessinions des visages…



Vendredi 15/06/07
Marseille, nous voilà.

Entre les premiers mots de cette lettre et aujourd’hui, j’ai passé deux jours à Marseille. Comment ne pas être amoureux de cette ville sale, brouillonne, belle, enchantée, bruyante…
Nous y jouons "Plic Ploc" au "J4" jusqu’au 7 juillet.
Le "J4" est le nom de cette partie de quai, au bout du Vieux Port, où notre chapiteau est installé. Autrefois, il n’y a pas bien longtemps, les quais résonnaient du travail des dockers, les grues et les camions tournaient, on vidait ici des bateaux, on en remplissait d’autres. Marseille "porte de l’Orient", c’était ici.
Un projet urbain d’étendre Marseille sur ce front de mer existe et va bientôt voir le jour. En attendant, notre chapiteau est monté à l’entrée du Vieux Port, juste à côté de la sardine…
Le spectacle des voiliers qui entrent ou sortent est un régal, d’autant que certains vieux gréements se sont donnés rendez-vous le week-end qui arrive.
Côté ville, Marseille est totalement encombrée d’automobiles coincées dans des embouteillages terribles. La modernisation de la ville est à ce prix, ainsi que la construction d’un tramway, dont une partie est déjà opérationnelle. Mais le tramway ne fonctionne pas, enfin, pas le tramway lui-même, mais son utilisation : il freine trop brusquement, il n’avance pas… Les raisons ? Le comportement incivil, anarchique et insensé des Marseillais qui, avec leurs autos, bloquent les rames, se garent n’importe où, n’importe comment, font des queues de poisson au tram… Le foutoir quoi ! On dit que c’est le charme de la ville. Je suis content d’être venu en train.

Quand on marche le long du Vieux Port pour se rendre au chapiteau, on croise des vaches colorées et rigolotes : ces vaches, nous les avions déjà croisées à New York et aux Salines d’Arc et Senans. Marseille s’offre ainsi un peu de Jura dans ses rues. L’expo urbaine est sympa et les vaches seront mises en vente aux enchères pour financer des œuvres. Problème, dit "La Provence" (je l’ai lu à fond au petit déjeuner jeudi matin) : l’expo est à peine commencée qu’une vache a été volée et une autre démolie à coups de masse par une bande de jeunes du quartier. Un acte de réification d’une obsession des chansons de Brassens, la "vache" devenue objet, la "mort au vache" comme objet d’obsession juvénile provocateur de passage à l’acte. "C’est elle, m’sieur, elle nous avait provoqués", car à part ça, comment l’interpréter ? L’incivisme est-il un sport national à Marseille ou c’est comme partout ? Je me le demande à la lecture de "La Provence".
Avant de m’asseoir à la terrasse de la brasserie "OM" - comprendre Olympique de Marseille -, en bas de La Cannebière, sur le vieux port, je pensais que Sochaux avait foutu la pâtée à Marseille. C’est vraiment le genre d’info dont je me bats l’œil, mais ça a fait plaisir à mon neveu qui est pour Sochaux : en parlant de ça, je vais proposer à mon futur député de faire une proposition de loi afin que les clubs de football soient obligés de payer intégralement les compléments de services de protection policiers indispensables à chaque match de football. Les clubs entretiennent l’idéologie de l’affrontement partisan dans les compétitions footballistiques, tolérant (voire encourageant) les hooligans favorables à leur club. Comme de surcroît le football est coté en bourse et mené par l’appât du gain avant de l’être par l’amour du sport, je n’aime pas l’idée que mes impôts servent à payer les multimilliardaires des stades, et encore moins pour des dépenses de services d’ordre. On pourra ainsi, avec l’argent économisé, embaucher d’autres fonctionnaires pour protéger le fonctionnement des tribunaux, par exemple, qui semblent en avoir besoin. Et nous aussi.
La justice plus importante que le football est aussi une idée politique. Jusqu’ici, ça n’a pas l’air d’avoir été le cas, si nous regardons les moyens du football comparativement aux moyens de la justice (sans parler des prisons françaises, honte de notre pays !).
Bien entendu, me direz-vous, moins on a de justice dans un pays, plus on a besoin de football et c’est valable dans tous les pays.
La justice ou le football… On vote ?
Remarque, là aussi, j’ai un peu peur du résultat !

Samedi 16 juin 07
Hermann Hesse.

Depuis toujours je lis Hermann Hesse (prix Nobel de littérature 1946). Avec plaisir, délectation et sa philosophie me repose de la télévision, de la politique et de la méchanceté du monde. En ce moment, dans les kiosques des gares, on peut acheter "Éloge de l’oisiveté", un recueil de textes que l’auteur définit ainsi :
"(Ces textes) combattent cette religion à la mode, qui, en Europe comme en Amérique glorifie l’homme moderne souverain, auteur de tant de réussite […] Ils combattent l’attitude certes ingénue, mais aussi profondément dangereuse de l’homme de masse qui a définitivement perdu toute faculté de croire et de penser et se complait dans son insouciance, sa présomption, son absence de modestie, de scrupules, de sens moral… (1932)"
Ça tombe bien, je suis allé à Marseille en train. Et pour les qualificatifs qui précédent, c’est à vous de voir s’ils sont toujours d’actualité.
On peut y lire des merveilles, mais aussi des impressions sur sa société d’alors, entre autres dans le premier texte :
"Il est triste de constater que le rythme effréné de l’époque actuelle influe sur nous de manière néfaste et préjudiciable dès l’enfance. Cependant ce phénomène semble inévitable. On peut regretter simplement que nos plus petites distractions soient depuis quelque temps elles aussi affectées par l’impatience moderne. Notre façon de jouir des choses est à peine moins fébrile et exténuante que la pratique de notre profession. Nous obéissons à la devise qui commande de faire le maximum en le minimum de temps. Ainsi la gaîté diminue-t-elle malgré la multiplication des divertissements".
C’est ressemblant, non ? Le fait que ce fut écrit par un jeune homme en 1899 n’y change rien.
Ce jeune homme - il a 22 ans - ajoute : "lorsqu’on apprend à voir, on redécouvre la gaîté, l’amour et la poésie. Un homme qui cueille pour la première fois une fleur afin de la conserver près de lui au travail éprouve une joie de vivre plus intense qu’auparavant."

Cette philosophie un brin puérile, peu sérieuse et indispensable, est le chemin d’échange et de création du Cirque Plume. La contemplation enivrée d’une goutte d’eau qui dort au fond d’une feuille de rhubarbe nous a permis d’imaginer "Plic Ploc"…

Lundi 18 juin 2007
Je me relis : que je prenne le fait des 40% d’abstention au 1er tour des élections législatives de juin 07 comme une défaite personnelle me semble un peu exagéré ! Je vais aller au jardin respirer l’odeur de la vie.

Salut et fraternité.
Bernard Kudlak

PS : Le bleu CRS annoncé a pâli ce week-end, ses joues ont rosi… émotions du printemps finissant ? L’été approche, est-ce le temps des cerises ?
Petit retour sur l’extrait n°7 : il fallait lire William Blake et non William Black. Désolé pour la faute d’orthographe qui avait échappé aux relectures...