C'est trop long ! C'est pas un roman, c'est un historique qu'on te demande !
J'aurais bien commencé comme Albert Cohen par : "O mon vieil ancêtre unicellulaire, petit solennel réceptacle de cette vie très ancienne, vie qui est maintenant mienne et le legs dont je suis le bénéficiaire au bout de millions ou milliards d'années…"…mais je sens bien que ça risque aussi d'être un peu long.
Qu'avez-vous fait, me demandez-vous, que s'est-il passé ? Comment ça c'est passé ?
Vite. Ca c'est passé vite. Un peu comme pour vous j'imagine.

Le vrai début c'est dans nos têtes, chacun la sienne, nos rêves insensés, nos refus, nos refuges.
Qu'allons-nous faire de nos rêves, nos utopies ? La fête !
L'esprit de la fête est présent partout.
La fête parce que le désir, le vivant plus fort que les idéologies et la consommation.
"La fête cette hantise" titre un numéro de la revue "Autrement" en 1976.
Aujourd'hui, on entend dire que ces jours heureux et mouvementés étaient ceux d'une parenthèse enchantée.
Parmi tous les désirs qui traversent notre vie -et Dieu sait qu'il y en a- celui de changer la vie est un moteur puissant.

Tout commence à Besançon cinq ans avant la naissance du Cirque Plume.
Par la rencontre sur une péniche dans une fanfare de quatre des fondateurs -toujours présents- de la compagnie.
Par une envie de saltimbanque et d'art du cirque, impulsée par "L'atelier du marché" et par un apprentissage des techniques du jonglage dans un livre pour enfants.
En 1980, tous ceux qui vont créer le Cirque Plume participent au sein de diverses compagnies à "La falaise des fous", mythique festival jurassien fondateur du renouveau des arts de la rue. Puis nous créons des spectacles de rue, mélangeant déjà la musique aux techniques de cirque, au boniment, au théâtre, à la danse, que nous donnons dans les fêtes rurales, les rues des villes et les petits théâtres. La manche en été, sur les places publiques, complète notre économie modeste et remplit nos têtes du romantisme nomade de la Strada, du Capitaine Fracasse et autres hercules sur la place.
En 1983, nous nous appelons alors "Fanfare Léa Traction", "La Gamelle aux étoiles", et "Le magicien de balle". Nous répétons dans une grange à Chay (25) et dans les couloirs d'une MJC à Besançon-Palente. En décembre, nous créons sous le chapiteau du "Théâtre des manches à balais" à Besançon "Amour, jonglage et falbalas", un spectacle réunissant tous nos acquis et nos savoir-faire.

Nous venons d'ouvrir les coffres et les malles du cirque. A l'intérieur repose un trésor.

 


Au regard des ruines des espérances politiques, après Sartre, Guy Debort, L.I.P., les fêtes sur le Larzac, les spectacles du Bread & Puppets Theater, Gong, Soft Machine et Grateful Dead, l’herbe à nigaud, le Grand Magic Circus, les manifs, les belles années de la révolution sexuelle, les copains partis si tôt, ceux qui n’ont pas trouvé à enchanter leur vie et sont passés de l’autre côté, …nous cherchons un chemin buissonnier.

Nous sommes 9 : Hervé Canaud, Michèle Faivre, Vincent Filliozat, Jean-Marie Jacquet, Bernard Kudlak, Pierre Kudlak, Jacques Marquès, Robert Miny et Brigitte Sepaser.(retrouver ici la liste de tous les artistes)
L'année 84 débute par une réunion, où Bernard Kudlak propose de créer un cirque, un projet qui réunirait l’esprit de la fête, la politique, le rêve, les anges vagabonds, le voyage, la poésie, la musique, les corps, dans une envie fraternelle, non violente et populaire. Le Cirque Plume.

Une ébauche de tournée existe déjà. Notre spectacle est fragile, amateur, innocent.
La moitié de la troupe travaille "à côté", l'autre ne fait "que ça".
Nous avons rapidement besoin de nous lier aux "vrais circassiens"et embauchons des artistes extérieurs au groupe fondateur.
Nous habitons en Franche-Comté sur le dos de la Vouivre, pays de forêts, de coopératives, et d’utopies : après une première rencontre, nous bénéficions du soutien immédiat du Conseil Régional.

Nous achetons un matériel à faire cauchemarder une commission de sécurité. On peint, on colle, on soude, on cloue, on rêve tout debout, on s’entraîne un peu, pas assez.


Nous devenons producteurs, monteurs, chauffeurs, afficheurs, administrateurs, chercheurs de subvention, animateurs, profs de cirque, éclairagistes, metteurs en scène, musiciens, artistes de cirque. Pour la cuisine, nous établissons des tours de rôle. Deux enfants en bas âge et quelques chiens sont de la tournée.
Première sortie du convoi : au retour, la remorque du chapiteau est immobilisée, interdite de rouler. Nous en commandons une neuve, et notre premier poids-lourd avec.

Le Cirque Plume, alors, ne se distingue pas des petits cirques itinérants, sinon que nous avons l’air beaucoup plus misérable, avec notre chapiteau pourri mal monté, nos caravanes "Nottin", et nos "Tubes" Citroën trois vitesses - rallongés - rehaussés, repeints en bleu du ciel quand il apparaît à l’horizon entre deux nuages blancs. Comme pour les manouches, à chaque village derrière le convoi bleu pâle, suit une camionnette bleu foncé, dont les occupants tentent de contrôler nos identités. Belles palabres !

En 86, le festival "off" d’Avignon consacre notre entrée dans le cercle des compagnies professionnelles reconnues.
Deux ans après, à ce même festival, nous faisons monter pour la première fois notre chapiteau par une équipe spécialisée : nous restons dans les caravanes morts de honte, à guetter par les fenêtres, encombrés de nos bras vides et nos têtes tournant trop vite. Ca nous passera !
Plus tard, ailleurs, les huit associés décident que chacun ferait le travail pour lequel il est le plus compétent. Ca n’a l’air de rien, c’est une révolution.
Au cours de cette période, nous achetons successivement quatre chapiteaux, trois gradins et pas mal de véhicules. Pour le spectacle, nous sommes devenus autonomes en son et en lumière.
Administrativement, nous mettons en place des formules qui correspondent à notre réalité jusqu'à l’embauche d’un administrateur en 88.

A la suite de notre premier spectacle sous chapiteau "Amour, jonglage et falbalas" (joué essentiellement dans la grande région), nous créons en 88 "Spectacle de Cirque et de Merveilles", qui sera joué dans toute la France, et un peu à l'étranger, en Tunisie, au Maroc, en Belgique, ainsi qu'en Suisse (où nous faisons changer une loi protectionniste interdisant le séjour des cirques non helvétiques...)
Nous montons de nouveaux numéros, nous soignons la mise en scène et les costumes. Tout le monde est "pro" maintenant et nous commençons à nous payer régulièrement.
A partir de ce moment, Robert Miny écrit des musiques originales pour tous nos spectacles. Brigitte Sepaser crée son premier numéro de fil sur lequel Michèle Faivre chante déjà.

A Paris, la presse nationale parle de nous.
Nous sommes encore partagés entre les animations et les spectacles sous chapiteau. Nous délaissons alors les premières au profit des seconds.

Nos chapiteaux sont assez petits et entrent dans des lieux insolites : le palais du Cardinal Granvelle à Besançon, la Corderie Royale de Rochefort, le parvis de la mairie de St Gilles à Bruxelles, les Salines royales d'Arc-et-Senans….
En décembre 88, nous le montons dans les Arènes de Lutèce. Quand la nuit tombe sur Paris, le premier croissant de lune apparaît au-dessus de la toile et des immeubles. Dans le relatif silence du parc, sur un arbre, à côté des caravanes, chante une hulotte. Bel accueil pour les ploucs ! Merci Paris.

Je me souviens d'une ville où nous invitions un vieil homme, qui vivait dans une caravane déglinguée à coté de notre campement, à assister chaque soir à la représentation. Dans "Spectacle de Cirque et de Merveilles", un personnage cherchait une boule de lumière sans voir qu'elle était derrière lui. Les enfants dans le public scandaient : "Derrière !! Derrière !!". Le vieil homme s'était alors levé de son banc furibard et avait hurlé : "Sacré con d’abruti, elle est derrière toi, idiot, ça fait dix fois que j’viens, et c’est tous les soirs pareil !!"…puis il s'était rassis.

En 89, Bernard et Robert créent un spectacle jeune public pour deux artistes, "Le jongleur de l’arc-en-ciel", sélectionné au Festival de Bourges.
Une tournée marocaine consacre la fin de cette période : nous sommes 20 permanents, nous venons d’obtenir le "Grand prix national du cirque 90" décerné par le ministère de la Culture, et nous nous préparons à un nouveau spectacle.
La compagnie est gérée par une société, dont les associés sont 8 des fondateurs (Hervé n'a pas souhaité faire partie de l'aventure).
Durant cette période, nous avons appris des techniques de cirques, musicales, à administrer, conduire, gérer, construire. Nous avons surtout appris à nous parler…
Puis viennent les années de maturité.



L’idée du nouveau cirque est bien installée en cette année 90. Nous faisons partie du conseil d’administration de l’Association Nationale de Développement des Arts du Cirque (A.N.D.A.C.).

Durant cette période, la Région de Franche-Comté continue de nous aider, l’Etat s’y met de plus en plus, la Ville de Besançon et le Département du Doubs un peu.
Ces subventions représentent bon an mal an 15% de notre budget.
Artistiquement, nous nous éloignons, au cours de cette période, de la structure du cirque traditionnel qui servait de base à nos premiers spectacles, pour affirmer notre style.
Plus que jamais nous sommes une troupe.
Nous réalisons ce que nous avons toujours rêvé : le brassage, le mélange de tous les publics, en gardant une exigence artistique sans concession, dans un esprit d'éducation populaire.

Mais vous vous en doutez bien, tout ne va pas comme sur des roulettes…

Nous sommes en automne 90 : nous changeons le matériel, le spectacle et la méthode de travail, nous augmentons le nombre d’artistes, de techniciens, d'administratifs, et…nous gardons notre style.
Tout ceci est un pari aussi fou que de créer un cirque.

Nous achetons d’occasion un chapiteau bleu de 850 places qui servait de théâtre. Un grand théâtre abandonné dans le midi de la France. Nous y répétons notre "création 90" à Meylan (38). Bernard écrit le spectacle aidé de Vincent… Discussions sur la notion d'auteur : nous passons de la création collective dirigée à un projet personnel dans lequel les artistes prennent leur part.

La proportion d'artistes extérieurs devient plus importante qu'auparavant et Nadia Genez réalise tous nos costumes pour la première fois.
Ce spectacle –où Bernard crée son premier numéro d’ombres- débute sur un trait blanc dessiné sur un fond noir, et se termine par l'explosion plein-feux de toutes les couleurs du spectre, apparues les unes après les autres.
C’est un moment où nous affirmons le cirque tel que nous le vivons dans l'instant.

Ca commence assez fort, vu que la première représentation est annulée : les gradins neufs ne sont pas finis !
Nous jouons le lendemain. Une première chaotique, techniquement terrible, sono en panne, accessoires ne fonctionnant pas, etc.….
Mais le surlendemain, à la deuxième, nous avons la certitude d’avoir artistiquement gagné.

Puis nous créons une nouvelle version pour l’année 91, où le projet initial fait la part belle aux nouveaux arrivés : Cyril Casmèze (l’"homme-chien" qui fait grande impression !).
La "création 90" prend son titre définitif : "No Animo Mas Anima" à Paris, au Parc de La Villette. Nous découvrons la cour des grands.

Nous mettons le paquet pour faire connaître ce spectacle, et cela marche : les acheteurs de France et d’Europe veulent le programmer, la presse est enthousiaste, nous avons une pêche d’enfer.

Donc tout baigne ? Nenni ma foi, c’est juste une petite arithmétique : nous avons dépensé trois millions de francs pour cette opération, en location de terrain, en publicité, en technique, en salaires et….nous n’en avons gagné que deux ! !
Dans un cas pareil, on fait quoi ?

On ferme la boutique ou on attend un miracle… Et figurez vous que le miracle arrive.
Sous forme d’une commande du Palais Omnisports de Paris Bercy, un spectacle de Noël qui rassemblera 240.000 spectateurs en 10 jours.
Cela décide les banquiers à nous prêter de quoi continuer : nous croulons sous les emprunts, mais nous avons devant nous plusieurs années de travail en perspective.

Nous devons structurer cette entreprise qui grossit, sans renier nos envies. La parole, la concertation et l’espace de discussion sont plus que jamais nécessaires. Et ainsi va l'année 92, qui voit se terminer la tournée de "No Animo Mas Anima" (un total de 223 représentations devant 125. 000 spectateurs).

En 93, création de "Toiles" : dans un chapiteau abandonné (celui que nous avons trouvé dans le midi…) se croisent, se rencontrent des personnages, des cartons, des voiles, des ombres géantes. Nous ne racontons pas une histoire, mais des histoires.

Nous attaquons les répétitions avec gourmandise. Parmi les fondateurs, Jean-Marie crée son premier numéro de magie et Jacques dresse Zippo le chien. Vincent quitte l'équipe artistique tout en restant associé.

Pour l'écriture de ce spectacle, Bernard reçoit une bourse de la "Fondation Beaumarchais", et la musique de Robert fait l’objet d’une commande d’état.
C'est un succès à La Villette.

En août 94
, "Les Plume font leur Cirque", documentaire sensible de Christophe De Ponfilly, passe à la télé en "prime time". Selon les mesures d'audience, c'est le flop de la semaine ! Mais 1.555.000 téléspectateurs entendent parler ce soir là du Cirque Plume. Nous sommes épatés.

14 enfants naissent en 95, et nous faisons une deuxième version de "Toiles" : les femmes font des enfants, et il faut changer le spectacle. Et puis des artistes se blessent, d’autres se lassent.
Nous terminons la tournée ("Toiles 2") avec 6 nouveaux. Malgré cela, la troupe est remarquablement stable.

C'est à partir de "Toiles" (350 représentations devant 265.000 spectateurs) que les festivals européens nous ouvrent leurs portes (Allemagne, Danemark, Espagne, Finlande, Grande-Bretagne, Irlande, Pays-Bas, Portugal, Suède …)

Nous créons "L'harmonie est elle municipale ?" à Salins-les-Bains, dans le Jura, en juin 96, sous un grand chapiteau jaune de 1000 places flambant neuf, prototype original confectionné à notre main. L'investissement artistique et technique est à la mesure de nos ambitions. Bernard ne joue plus dans ce spectacle, qu'il écrit et met en scène : une fanfare de 6 hommes rencontre un groupe de 6 femmes qui habitent l'espace du chapiteau. Au fil des tableaux, ils cherchent sans fin le bonheur, l'harmonie… Michelle Faivre et Brigitte Sepaser reviennent de leur congé de maternité, Jacques Marquès nous quitte (mais reste associé).

La première officielle (mondiale on dit !) se déroule à Munich, et nous repartons pour deux ans et demi de tournées. La critique salue le spectacle, et le public se presse sous le chapiteau.
Nous achevons de jouer "L'harmonie est-elle municipale ?" en grande beauté à Lyon en décembre 98, après l'avoir présenté 278 fois devant 250.000 spectateurs.
Déjà le projet de "Mélanges (opéra plume)" est en route, le casting et les désirs en place.

Parallèlement à tout cela, Bernard met en scène en 97 une "petite forme" d'après Victor Hugo, "La plume de Satan", et en 98, il reprend, avec Robert pour la musique, l'idée du "jongleur de l'arc-en-ciel" qui devient un opéra pour 3 jongleurs, une soprano, un ténor, chœurs d'enfants et orchestre, créé au Palais des festivals de Cannes et à l'Opéra de Nice en juin de la même année.
 

 

1999, dernière année du millénaire…: un nouveau chapitre de notre histoire s'ouvre au cours de ce premier semestre, pendant les répétitions de "Mélanges (opéra plume)" à Salins-les-Bains (39).
Nous essayons de mélanger tous les arts en pistes - ce qui constitue notre identité - mais essayons aussi d'aller voir dans d'autres territoires, comme celui de la danse. Après presque un semestre de répétitions, le spectacle n'est pas artistiquement au point quand nous le présentons en avant-première à Salins-les-Bains. Malgré cela, grand enthousiasme à Recklinghausen (D) pour les premières officielles. Jacques Schneider (qui joue l'ange), se blesse au Portugal en juillet, nous contraignant à jouer un spectacle amputé…"the show must go on !!!".
Mais avec tout cela, les critiques suivantes aux Pays Bas sont mitigées, voire négatives. C'est une épreuve à traverser. Pour présenter comme prévu le spectacle en automne à Paris à La Villette, nous remplaçons l'ange, en raison de sa blessure. Et c'est l'avant veille de la générale que Sophie, notre trapéziste, se blesse aussi : le sort semble s'acharner sur ce spectacle… Branle bas de combat ! ! On lui trouve une remplaçante. Le spectacle se met en forme (on le tire plus vers l'esprit plume que vers la recherche initiale) et tout est en place pour la première parisienne. Les critiques sont élogieuses. Quelques intellos du cirque qui nous boudaient ne nous boudent plus… La tempête du 26 décembre nous cueille avant le jour : tous les chapiteaux parisiens souffrent, mais le notre résiste vaillamment (notamment grâce à notre technique de montage). Juste à coté, on regarde s'envoler le toit de la Grande Halle.
On arrive ainsi à l'an 2000, qu'on attendait depuis l'enfance. Contrairement aux attentes les facteurs ne distribuent pas le courrier en hélicoptère. Nous travaillons avec des artistes qui pourraient êtres nos enfants. Ca tourne !!

2000 est une année comme les autres (on vous épargnera toutes les merdes de la planète) : pour nous, c'est un calendrier de tournée chargé avec une équipe un peu renouvelée. Jacques et Sophie (les accidentés absents à Paris) reviennent prendre leurs places. Ca tourne… Bernard prend six mois sabbatiques pour finir l'écriture d'un livret pour spectacle chanté, faire de la sculpture et penser à la suite de la compagnie. Le projet d'opéra ne se fera pas.

2001. Nous tournons en France, à Madrid l'inorganisée, et en juillet l'événement sur lequel, en raison des difficultés techniques, nous avions travaillé plus d'un an et demi : le franchissement de l'Atlantique pour une série de représentations à New York, à l'invitation du Lincoln Center Festival, avec 10 containers de matériel et une technique de montage de notre chapiteau originale, puisque nous le montons sur Damrosch Park (à côté du Metropolitan Opera) sans planter une seule des 360 pinces normalement indispensables pour le faire tenir debout (vous pouvez trouver le détail en ligne du carnet de route de Bernard à New York ).
Le soir de la première, Jacques se blesse (encore…) en même temps que Fanny, une autre de nos artistes : du jamais vu !. Nous annulons une représentation pour adapter le spectacle (notre ange jouera avec une béquille…), et c'est le succès (très bonne critique du New York Times). En septembre, moins de 2 mois après qu'on y ait joué, les fous fanatiques descendent les tours jumelles. Le monde est médusé. Nous aussi.

Parallèlement au Cirque Plume, suite à la rencontre avec Raoult Lay (directeur musical de l'Ensemble Télémaque), Bernard met en scène "Variété", spectacle alliant cirque et musique contemporaine sur une partition de Mauricio Kagel : la création se fait à Nice, puis la tournée de ce spectacle passe par la Cité de la Musique à Paris, en présence deux soirées de suite du compositeur enchanté.

C'est en décembre au Mans que sont jouées les dernières de "Mélanges (opéra plume)". On y fait la fête : ce spectacle aura été joué 301 fois devant 274.000 spectateurs.
Les pertes occasionnées par notre série de représentations madrilènes nous ont fragilisé financièrement pourproduire une nouvelle création. Bernard propose alors le projet de "Récréation ", un florilège de nos précédents spectacles : parallèlement à une tournée essentiellement en théâtre, les choix faits pour ce spectacle doivent permettre de dégager des temps de recherche artistique indispensable à la future création.

 

2002 : Les répétitions de "Récréation" commencent dès fin janvier.
Nous sommes enchantés de fouiller nos malles à trésor. Nous décidons d'ajouter un élément peu présent dans nos spectacles : la parole. Nos amis du "Théâtre de l'Unité" aident chaque artiste à accoucher d'un texte intime, d'une "parole de vérité", dit au cours du spectacle.
Nous accueillons plus de 14.000 spectateurs pour les premières de "Récréation" à Besançon, que nous faisons coïncider avec "1,2,3 Cirque" ; ! (manifestation phare de "l'année du Cirque", une opération nationale à l'initiative du Ministère de la Culture).
Au hasard de cette tournée, beaucoup de nos anciens artistes viennent jouer un ou deux jours : c'est du plaisir de repartager la scène avec eux, devant un public toujours chaleureux.

Comme prévu, nous dégageons entre les dates de la tournée beaucoup de temps pour le travail de recherche de "Plic Ploc", la future création prévue pour le printemps 2004 (vous pouvez en trouver les "extraits du carnet de création" en ligne) :
A l'automne, sous notre petit chapiteau monté à Salins les Bains pour travailler "Plic Ploc", quelques intuitions de Bernard sont soumises à l'épreuve du réel : les métronomes, la bâche transparente, les jets d'eau au sol et du plafond…
Parallèlement, en septembre, le spectacle "Variété ", sur les musique de Mauricio Kagel, fait l'ouverture du festival international de musique de Besançon ("chez nous", comme nous aimons le dire). C'est pas le Cirque Plume, mais notre metteur en scène est bien content quand même !
A la reprise de la tournée de "Récréation" en novembre, nous rejouons pour la première fois depuis 8 ans dans un théâtre, et cela nous plait beaucoup. Après un premier semestre 2002 en chapiteau, le deuxième trimestre est en théâtre : à chaque endroit son plaisir.


Début 2003, c'est avec le soleil sur le port de La Rochelle que nous jouons dans la grande salle de La Coursive, la scène nationale de la ville (nous adorons cette salle, au volume idéal pour nos types de spectacle et son rapport au public).
De retour, nous montons notre grand chapiteau à Salins-les-Bains et reprenons notre travail de défrichage et de recherche pour le prochain spectacle. Tout au long du mois de mars, nous y faisons en même temps les auditions des artistes qui postulent, que nous organisons et vivons comme une vraie rencontre, en les intégrant au travail de recherche et de préparation en cours. Même ceux qui n'ont pas été retenus nous disent avoir apprécié cette manière de faire, inhabituelle pour des "auditions". Les artistes que nous avons reçus étaient tous talentueux, mais il nous a fallu choisir… Fin mars, nous connaissons l'équipe artistique de "Plic Ploc".
Au même moment, dans le monde, Bush Junior part en guerre. Ça nous désole.
En avril, c'est reparti pour "Récréation" : à Bruxelles (où en regardant les sièges vides du grand Cirque Royal, endormi avant la représentation, nous rêvons que Sitting Bull y a joué avec le "Buffalo Bill Show"), à Salins-les-Bains (où nous avons eu un bogue informatique de la console lumière le jour de la première que nous avons du annuler... c'est le pire qui puisse arriver ! Mais dès le lendemain, Wahou quel accueil ! Merci "les pays"…), à Nantes, dans l'immense "Cité des congrès" (une spectatrice nous écrit qu'elle a pleuré à chaudes larmes pendant la représentation), au festival de Recklinghausen (le dernier du nom après 50 années de bons et loyaux services sur le territoire de la Rhur. Nous écopons là-bas du plus gros des orages, qui inonde furieusement le chapiteau pendant le spectacle. Plic ploc, déjà...).

En juillet, en pleine annulation des festivals, Bernard écrit un texte sur les intermittents du spectacle qui fait le tour des Assemblées Générales. Il y pose la question "Pourquoi seuls les salariés du privé financent-ils l'intermittence du spectacle, et donc la culture de notre pays ?". La question intéresse, mais personne ne veut répondre…
En août, c'est la canicule qui fit tant de morts en France par négligence et manque de moyens. Eté studieux : Jean-Marie travaille à la conception du dispositif scénique de "Plic Ploc" et trouve le bon système pour faire jaillir et récupérer l'eau, en toute sécurité.

Septembre, octobre : nous sommes de nouveau en tournée. A Caen, où le Cirque Plume n'avait jamais joué auparavant, le directeur du théâtre nous glisse à l'oreille, en voyant la réaction du public : "C'est comme si tous ces gens qui ne vous avaient jamais vu attendaient avec impatience votre retour…". Définitivement, cette re-création est bien pour nous une récréation !
Puis, de nouveau, nous remontons notre chapiteau (indispensable si nous voulons créer, puisque nous n'avons toujours pas de lieu fixe adapté aux nécessités de notre travail artistique) : nous y inaugurons notre système aqueux et répétons avec la troupe presque au complet. Le rythme est serein, la dynamique en place… nous avançons, comme nous l'avions prévu.
C'est novembre et nous admirons l'éclipse totale de lune au dessus du chapiteau. C'est beau.

L'année 2003 se termine en tournée et en beauté : notre Récréation a été jouée 137 fois pour 130.000 spectateurs heureux de découvrir ou de retrouver les essentiels de notre compagnie.
Nous sommes satisfaits de notre nouvelle méthode de travail, qui consiste à mélanger les tournées théâtre et chapiteau pour nous laisser du temps de recherche : "Plic Ploc" est prêt à passer en phase de réalisation.

2004 : C'est parti pour "Plic Ploc" ! Nous remontons notre chapiteau (la 5ème fois pour travailler ce spectacle) et installons notre campement et toute la technique pour 3 mois, toujours à Salins-les-Bains. L'équipe est très motivée, le travail avance bien, dans une ambiance studieuse et paisible. Mais début mars, c'est la tuile (les tuiles même…) : Martin, un de nos acrobates québécois, a des ligaments déchirés (mal diagnostiqué suite à un accident passé) et ne peut donc pas continuer les répétitions. Et comme il travaillait en duo, nous les remplaçons tous les 2. A 2 mois de la création… Dans le même temps, notre clown-batteur a des problèmes d'épaule et doit répéter un bras en écharpe plusieurs semaines consécutives ! "Plic Ploc" aurait-il la poisse ? Que nenni, car le spectacle continue à se mettre en place. La création se construit pas à pas, faites d'écoutes et de rigolades (tous les détail sur www.cirqueplume.com dans les "carnet de création" et sur DVD dans "In Progress", le documentaire "bonus" filmé dans les coulisses de la création).

Pour la première fois de notre histoire, le spectacle est déjà fin-prêt trois jours avant la première : notre nouvelle méthode de travail artistique est vraiment celle qu'il nous fallait.
Nous partons alors en tournée, avec notre plaisir de jouer et nos cataractes de flotte, terminant l'année au soleil de Lisbonne, dans le grand théâtre du Centro Cultural de Belem.

Parallèlement, Jean-Marie publie son premier roman "Le rire du pendu"

2005 : À Besançon, où nous avons déjà présenté "Plic Ploc" en octobre 2004 devant 16.000 spectateurs, nous revenons en avril pour répondre à la demande du public. Un chiffre impressionnant pour Besançon : ce sont plus de 27.000 spectateurs au total qui auront partagé avec nous le bonheur d'y jouer cette création !
Nous rencontrons un vrai succès partout où nous présentons "Plic Ploc" : le public nous dit à la fois y retrouver ce qui fait l'essence des spectacles de Plume et être en même temps surpris par le renouvellement d'inspiration, après plus de 20 ans de création circassienne.
Nous continuons à tracer notre chemin avec bonheur…

2006-2007-2008 : En France, au Brésil (São Paulo), en Finlande (Helsinki),… "Plic Ploc" aura été joué 398 fois devant 395.000 spectateurs.
Tout en tournant "Plic Ploc", nous commençons à travailler les premières pistes de "L'atelier du peintre", sous chapiteau, à Salins-les-Bains (39) et à "La Commanderie" à Dole (39).

Déjà, un nouveau spectacle nous tend ses bras...


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