Théâtre online.com
13 octobre 2009

L’Art et la manière

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« L’atelier du peintre nous interroge sur la représentation et sur l’art en général, nous confronte à un miroir, ce qui n’est pas toujours confortable » raconte Bernard Kudlak, metteur en scène, dans ses carnets de bord que vous pouvez trouver sur le site du Cirque Plume (conseillé vivement à tous ceux qui aiment les pérégrinations angoissées et enthousiastes d’un cerveau en ébullition !). Bernard Kudlak a réussi son neuvième pari. Réfléchir beaucoup, laisser reposer souvent, pour nous proposer in fine, une œuvre subtile, truffée d’allusions aux peintres et à leurs œuvres, mais où personne ne se perd car, même sans aucune connaissance picturale, la magie opère.

Comme dans un jeu de miroirs, le tableau des Ménines de Vélasquez annonce la couleur. Qui peint qui ? Qui sera le peintre et qui sera le modèle ? Alors, chaque artiste se met dans un cadre et pose. Des clins d’œil comme celui-ci, le spectacle en regorge et le public peut jouer à les repérer. À noter d’ailleurs un certain goût pour les œuvres qui firent en leur temps scandale, tel le portrait des sœurs d’Estrées où l’une pince, dans un geste surprenant d’impudeur, le mamelon de l’autre ; l’Olympia de Manet dont la nudité choqua ou encore les empreintes de Klein qui trempa des corps de femmes dans son désormais célèbre bleu. Ainsi les tableaux se baladent, sortent du cadre et deviennent même matière à escalades.

Mais les Plume ne se contentent pas de nous montrer des œuvres reconnues, ils créent en direct des peintures sur corps, sur toiles, des orgies de couleurs, des cris picturaux devant lesquels s’extasie un improbable amateur d’art (on perçoit à peine l’œil ironique du metteur en scène face à un certain type d’art contemporain !). Et les images sont belles, poétiques et même surprenantes de qualité, tels ces deux clowns qui se dessinent au milieu d’un ballet de pinceaux dans le tableau final.

Et bien sûr, il y a les numéros. De grande qualité technique et esthétique, ils sont assez ébouriffants. Kristina Dniprenko semble être née sur sa roue allemande, Antoine Nicaud offre ses muscles noueux qui s’étranglent sur des sangles, nous proposant ainsi une très belle transposition de l’artiste maudit englué entre alcool et désespoir et enfin Tibo jongle incroyablement, ses balles deviennent instruments de musique et s’harmonisent parfaitement avec le xylophone.

La musique justement est aussi œuvre d’art car elle a été composée avec la même acuité par son créateur, Robert Miny. Tout fait son, tout fait sens : du verre brisé, des bouteilles, du sable et même des morceaux de polystyrène qui crissent sur un miroir. Le miroir, encore et toujours, un aller-retour entre l’artiste et son œuvre, entre le spectacle et les spectateurs, et cet étrange mystère qui fait que cela vient résonner en nous comme un écho…

Stéphanie Richard