Le Cirque dans l’Univers
20 septembre 2005

Le Cirque et le paradis

A propos du dernier spectacle du Cirque Plume : "Plic Ploc"

Dominique Mauclair

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Un des clowns évoque le rapport qui existe entre le Cirque et le Paradis. J’ai trouvé cette analogie judicieuse puisque, pendant tout le spectacle, je flottais entre ciel et nuages.

"Plic Ploc" est une pure merveille !

Comme a son habitude, Bernard Kudiak a choisi une idée simple : après Toiles (le thème des ombres) No animo Mas Anima (comment faire du dressage sans animaux) l’Harmonie est-elle municipale ? (rencontre entre deux cultures), Bernard a pris comme thème la goutte d’eau, celle qui fait Plic ploc ?
L’eau est vraiment à la mode en ce moment au Cirque. Mais dans "O" le Cirque du Soleil reconstituait un océan, dans "Nomade" Eloize faisait entrer sur scène l’orage qui dérangeait la fête champêtre. Chez Plume, on se contente d’une goutte d’eau, goutte d’eau de pluie ou goutte d’une fuite de plomberie qui peut se transformer en geyser.
Comme à son habitude, le directeur de Plume s’appuie sur Robert Miny, un des musiciens les plus doués du Nouveau Cirque, un chef qui sait donner une couleur à sa musique en mélangeant les sources de son inspiration et en se servant de la polyvalence de ses musiciens pour varier ses harmonies.
Mais Bernard sait également faire confiance à une troupe jeune, enthousiaste et dynamique, une troupe entièrement renouvelée (en dehors de Pierre Kudiak, vieux grognard du Cirque franc-comtois).
Mais ce qui est nouveau c’est que "Plic Ploc" est un spectacle furieusement technique, comme si Plume voulait affronter en combat singulier l’énorme machine du Cirque du Soleil.
Mais me direz-vous, où est le Paradis ? Moi, je l’ai vu, dans la légèreté d’un elfe trapéziste qui flottait au milieu des nuages, dans Adam et Eve, chaussés de palmes aquatiques afin d’affronter le déluge prochain, dans une jeune joueuse de flûte qui charmait le serpent, dans les anges qui semblaient sortir d’un film de Wim Wenders et dans des séraphins qui plantaient des coquelicots (ou des nez de clowns) dans la voie lactée.
Et pendant tout le spectacle, comme l’ensemble du public, j’étais aux anges.
Mais quelques esprits chagrins diront : "Où est le Cirque dans tout cela ?"
Mais il est au Paradis, mon seigneur !

"Plic Ploc"
une pluie d’étoiles...

Bernard Kudlak, "l’homme de plume" de la compagnie, également metteur en scène, scénographe et directeur artistique fait mentir le dicton "ennuyeux comme la pluie". Il nous offre un spectacle d’orfèvre qui sait distiller avec doigté, tendresse, beauté, poésie, et prouesses. Un spectacle capable d’allumer les jours gris, de sourire à la différence, de remiser le fade et le terne. Un spectacle qui a le charme, la liberté, le sérieux, l’imagination de la fable et des jeux de l’enfance.
Il y a un peu plus de 20 ans, le Cirque Plume naissait en Franche-Comté, à Besançon. Son premier spectacle fut une révélation. Il fait actuellement escale à l’Espace Chapiteau du Parc de la Villette, à Paris, avec "Plic Ploc", sa 8ème création, qu’il a déjà promenée en tournée en France, Portugal, Pays-bas et Belgique, avant de repartir sur les routes de France.
Que d’eau, que d’eau ...
Alors que pénètrent les spectateurs, la représentation n’ayant pas commencé, voilà qu’insidieusement, en provenance des cintres, l’eau s’infiltre sur la piste. Une serpillière, semble-t-il, fera l’affaire. Et puis non, il faut un récipient, puis une petite cuvette, ensuite une grande cuvette ... La fuite paraît réparée. Mais d’autres surgissent d’en haut, du sol, partout.
Bernard Kudlak a imaginé, avec toute son équipe d’artistes, de musiciens, et de techniciens, un spectacle de catastrophes maîtrisées où l’eau est l’élément stimulant qui favorise l’éclosion d’idées et d’images surprenantes.
L’eau qui tombe sur une casserole destinée à la recueillir fait un son qui ressemble à une note. Avec plusieurs casseroles de tailles différentes cela fait toutes sortes de notes. Et avec plein de notes on fait de la musique !

Surprenantes images
Dans un désordre organisé, les images, les trouvailles se succèdent, pleines de beauté, de poésie, d’humour, de burlesque : un champ de métronomes fleuris, un jonglage avec des jets d’eau ou des bulles de savon, une main tenant une rose émergeant du pavillon d’un tuba, l’eau qui a envahi le plateau et qui a été repoussée au moyen de raclettes, dessine en se reflétant sur une toile, un cœur au centre duquel deux artistes s’embrassent ... Cela étonne, surprend, émeut, réjouit.