La Dépêche du midi
4 mars 2010

Odyssud-Blagnac : le Cirque Plume, c’est fou

Le Cirque Plume, c'est fou | La Dépêche du Midi (presse_adp) {JPEG}

La troupe triomphe à Odyssud-Blagnac. Jusqu’au 16 mars, l’occasion rêvée d’applaudir des diables d’artistes qui détournent le quotidien pour nous embarquer ailleurs.

Dans " L’Atelier du peintre ", dernier spectacle du Cirque Plume qui fait salle comble en ce moment à Odyssud, tout commence par un face à face muet : " Les Ménines " de Vélasquez représentant l’artiste en train de peindre la famille royale d’Espagne. Le sujet même de ce tableau est un minuscule reflet dans un miroir, comme pour nous dire que le plus important n’est pas le sujet de la représentation mais tout ce qu’il y a autour et que d’habitude on ne voit pas. Une idée très moderne, illustrée par Lucio Fontana qui lacérait ses toiles monochromes à la lame de rasoir, ou les tenants du mouvement Supports Surfaces dont quelques représentants faisaient du cadre une partie intégrante de l’œuvre, peignant des châssis sans toiles ou représentant l’image du châssis sur la toile ! Dans " l’Atelier du peintre " vu par le Cirque Plume, les cadres ont autant d’importance que les performances : " œuvres " collectives exécutées en temps réel avec sérieux ou dérision.

Les incursions dans l’histoire de l’art contemporain ou classique auxquelles on pense en regardant ce spectacle plus nourri de son sujet qu’il n’y paraît, se bousculent : le bleu de Klein, les toiles monochromes, l’expressionnisme abstrait… en remontant jusqu’à la grande Odalisque d’Ingres qui sort de son cadre et rejoint son amoureux puis l’entraîne dans son espace et baisse le rideau…

Le public souvent familial se réjouit de la perfection des numéros (roue allemande, jonglage musical). Il aime l’inventivité des acteurs du Cirque Plume, comme le papa d’Arthur (10 ans) et les tableaux qui suscitent le rêve, sans forcément penser à la source. Les enfants, eux comme Fanette, huit ans, ou Clément, sept ans, adorent les intermèdes clownesques transformant le dripping en barbouillage : les clowns tirant à la carabine sur des poches de couleur, lointaine évocation de Niki de Saint Phalle tirant sur des tubes emplis de peinture lors de sa première exposition. Ils rient quand les clowns se jettent dans l’interstice d’une toile lacérée et y enfournent un bric à brac hétéroclite. Ils s’extasient devant un " tableau " virtuose et loufoque où les augustes, pédalent dans le vide sur un petit vélo suspendu en l’air… La magie du Cirque Plume est bien là.

A. H.