Les Echos
29 septembre 2014

Le Cirque Plume défie le temps

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Le temps fuit et on ne le voit pas passer. Le temps d’une aventure artistique pétrie d’humanité, de rêves jamais trop grands, de délires poétiques et acrobatiques : le Cirque Plume, trois décennies sur la route, aujourd’hui à Paris à la Villette -« alive and well », comme disent les rockers… Le temps d’un spectacle aussi : le dixième, celui du trentième anniversaire, rodé en tournée depuis un an. Ce " Tempus fugit ? " en point d’interrogation se veut " Une ballade sur le chemin perdu " - l’instant insaisissable entre le tic et le tac d’une pendule. En effet, ce rendez-vous chaleureux à l’espace Chapiteaux se vit comme un flash ou comme un éclair de rire et d’émotions mêlés. On sort tout chose et ravi de ce trop bref moment de bonheur suspendu.

Une fête partagée

De la nostalgie, mais à petites doses… Le spectacle mis en scène par le grand chef trois plumes du Cirque, Bernard Kudlak, évoque tendrement le passé, sans trop s’attarder. Prime à la joie, à la jeunesse, à la musique vagabonde et au chant rauque de Bernard Shick. Pas de concept tiré par les cheveux : le Cirque Plume est là pour faire la fête et nous la faire partager. Les numéros s’enchaînent à un train d’enfer, en réussissant l’équilibre presque parfait entre virtuosité acrobatique, invention poétique et transe musicale.

On est charmé par la danse funambule (lente puis effrénée) de Molly Saudek ; étourdi par les acrobaties fauves et les cercles endiablés sur la " roue Cyr " de Maxime Pythoud ; estomaqué par les facéties clownesques de Mick Holbesque. Les images drolatiques et fantastiques abondent ; plancher qui explose, soleil rouge qui devient ballon géant puis rapetisse pour atterrir sur le nez du clown… jusqu’à cette dernière scène, où valsent des boules de verre dans la pénombre, comme des planètes de cristal. Le Cirque Plume ne renie pas ses racines routardes et ses semelles de vent : décor de bric et de broc (bidons, cageots, soufflerie de fortune), costumes tendance fripes. Mais, sous ses airs désinvoltes et brouillons, le spectacle est réglé au cordeau.

L’atmosphère est plus rock and roll que baba cool : entre combo et fanfare, les circassiens-musiciens inventent une bande-son enivrante (mixant blues, pop, folk, funk, world), jusqu’à cette " batucada " survoltée en guise de salut, qui fait se lever le public. En trente ans, le cirque baladin n’a pas perdu de plumes et n’a pas pris de poids. Tempus fugit ? On ne le dirait pas.

Philippe CHEVILLEY