Le Soir (Belgique)
30 janvier 2016

Nouveau spectacle. « Tempus Fugit ? », comme un soleil dans le creux de la main

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Qui dit « anniversaire » ne dit pas forcément « commémorations mélancoliques ». Même si les aficionados reconnaîtront les subtiles références au répertoire du Cirque Plume, dont les ballets de parapluie ou les métronomes diaboliques de Plic Ploc – les autres découvriront un spectacle plus festif que nostalgique. On y retrouve ce qui a fait la patte de la troupe : une poésie rocambolesque, où la musique joue à parts égales avec les prouesses acrobatiques. Sans oublier l’influence de Robert Miny, compositeur historique du Cirque Plume, décédé un an avant la première de Tempus fugit ?, Benoît Schick tisse une bande-son éblouissante. Avec sa voix à la Leonard Cohen et ses notes jazz-blues au piano, le musicien habille le spectacle d’une sensualité folle. Omniprésent, enveloppant, l’orchestre donne le ton, rythmant les acrobaties ou colorant les clowneries d’une palette infinie. Le cirque et la musique sont en symbiose totale. Le saxophone guide la funambule à l’autre bout de son fil, tandis que l’ombre de cagettes de bois projette une ambiance new-yorkaise sur la toile de fond. Trompette, batterie, piano, guitare électrique, les instruments sont les partenaires endiablés ou réconfortants de numéros à la roue Cyr ou au mât chinois. La trapéziste démarre sur des pas de tango, un violoniste égare sa partition devenue hirondelle et finit lui-même par s’envoler en hommage à Chagall. Un clown capable d’étonnantes jongleries vocales finit par faire chanter le public avec lui dans un canon plutôt…canon. Et chaque musicien finit immanquablement perché sur l’un ou l’autre agrès.

Si la musique est acrobatique, les performances ne le sont pas moins. Certains moment s’éternisent dans la prouesse, mais la plupart des tableaux se déroulent avec un décalage savant, une poésie incandescente baignée d’influences littéraires ou cinématographiques. Le Pierrot des Enfants du Paradis croise Baudelaire, une fugace évocation des paysans de L’angélus de Millet partage la scène avec des réminiscences de Chaplin, Keaton, Fellini. Un clown joue avec un soleil couchant qui rebondit, en projections animées, sur un drap blanc. Le même drap devient tout à coup océan de nuages ou collines vaporeuses sous les pas d’une acrobate. Fidèle à son slogan, « Dans l’espace infini de l’éternité de l’instant », le Cirque Plume convoque des moments hypnotiques et insaisissables, comme ces douze pendules lumineux, vague d’étoiles qui transforment la physique et ses oscillations harmoniques en métaphore d’un temps sublimement désaccordé. Ambiance magique et mystérieuse qui clôt un spectacle où le temps, soudain, passe en grains insolites dans un sablier fugitif.

Catherine Makereel