|
Quelquefois, dans de très rares
circonstances, les mots ne se suffisent plus à eux-mêmes.
Certaines choses les rendent obsolètes, car trop éloignées
de la réalité, du vécu. C'est dans ces situations
extrêmes que leur utilisation vulgarise le sentiment ou l'émotion
ressentie. Une expérience artistique quelconque se prête
immédiatement à commentaires, elle est livrée aux
contorsions linguistiques les plus affinées. Tandis qu'une expérience
extraordinaire doit se digérer pour mieux s'épanouir intérieurement.
Le nouveau spectacle de la compagnie du Cirque Plume, "Plic Ploc",
qui a posé son chapiteau à la Villette du 22 septembre au
27 novembre 2005, avant de partir parcourir la France, fait partie de
ces moments, que l'on retiendra longtemps tant il fût éblouissant.
C'est la raison pour laquelle il m'a fallu près d'une semaine pour
enfin prendre la plume (le clavier plutôt) et en rendre compte.
La peur de ne pas être à la hauteur, de le vulgariser pour
en revenir à mes propos précédents, sont autant de
facteurs qui m'on fait reculer devant l'épreuve. Mais bon, après
tout, je suis là pour ça.
Tout commence comme une banale fuite d'eau, que trois personnes tentent
d'expliquer
la salle bourdonne encore, car aucune baisse subite de
lumière n'est venue la prévenir du début du spectacle.
Ce préambule, qui n'en est pas vraiment un, a pour but de nous
présenter l'acteur principal, la pièce maîtresse du
spectacle : l'eau. D'un coup, les lumières s'éteignent,
la salle se tait. Passe alors doucement une petite charrette, telle une
barque, semant derrière elle une multitude de métronomes,
formant un drôle de champs, actionnés dans la foulé
par une armée planante d'Hommes. Les cliquetis se chevauchent,
s'entremêlent, s'accrochent, s'agrippent dans une jolie et douce
cacophonie.
Pendant deux heures, les 13 comédiens vont émerveiller le
chapiteau avec leur mélange de danse, de musique, d'acrobaties,
de cirque
une troupe polyvalente où chacun met ses qualités
personnelles au profit d'un show grandiose.
L'eau, qui est donc l'élément central, inondera abondamment
à de nombreuses reprises le sol et les comédiens. Elle sera
sujette à de magnifiques effets visuels (ombres, lumières
)
et sera utilisée comme un instrument de musique à part entière.
Les comédiens jouent avec l'eau, qui joue elle-même avec
eux. Une sorte de relation complice entre l'Homme et l'élément
s'installe. Jamais une chose aussi "banale" que l'eau aura pris
une telle importance.
La musique, composé par Robert Miny, membre de la troupe, est sublime
et sublimée par le fait qu'elle soit interprétée
live. En effet, les instruments sont amenés sur scène au
fur et à mesure, et chaque comédien en maîtrise un
avec talent. Elle se superpose parfaitement à l'action. Elle se
fait tantôt douce, tantôt tonitruante
elle n'étouffe
jamais le spectacle mais le transcende.
On se love tout entier dans un show à la fois céleste, aérien,
terre à terre
magnifique tout simplement. Aucun moment ne
fait retomber la magie, on n'a d'yeux que pour la scène et ce qui
s'y passe. On se laisse bercer visuellement et musicalement
en totale
confiance. Une espèce de rêve éveillé nous
habite, tant les effets sont travaillés et surprenants.
Le chapiteau applaudit à tout rompre entre chaque séquence.
Il vibre au rythme des facéties des comédiens, tremble durant
les acrobaties, rie pendant les passages loufoques
Il m'est tout bonnement impossible de décrire tout ce qui se passe
pendant ces deux heures magiques, et il est aussi de mon devoir d'en dévoiler
le moins possible pour laisser l'effet intacte. Quel que soit votre âge,
vos goûts (cela n'a rien à voir ni avec du théâtre,
ni avec du cirque à proprement parlé), votre humeur, vos
soucis
courez voir ce spectacle envoûtant.
Quand les mots sont de trop
.
Romain
|