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Il est obsédant le petit bruit de l'eau qui tombe, goutte à goutte, du
plafond. Il est délicieux, ce petit bruit quand il règle - et dérègle
- l'ordonnancement a priori savamment calculé d'un spectacle, au fur et
à mesure que les canalisations se percent. À peine l'une réparée, l'autre
fuit. Jusqu'à laisser s'échapper des trombes terribles qui transforment
le plateau en plage pour vacances de Monsieur Hulot ! C'est Plic-Ploc,
la dernière création du Cirque Plume. Un enchantement !
Un bonheur permanent !
Sous le grand chapiteau de la Villette, le public est à la fête, entraîné
par une quinzaine d'artistes qui multiplient les performances comme d'autres
font des claquettes sous la pluie : petite contorsionniste qui se love
dans une suite d'anneaux suspendus ; jongleur qui s'amuse de ses balles
dansant au sommet de jets d'eau comme les notes d'une Gymnopédie d'Erik
Satie ; couple qui se balance sur un cadre coréen en accord avec des accents
rock inattendus. Des athlètes se mesurent à la bascule, un acrobate se
perche sur une échelle...
En ciré, en bleu de travail ou accoutré d'un invraisemblable costume,
chacun s'ébroue, au sec ou trempé, de jeux de glissades en jeux d'arrosages
à faire blêmir d'envie les chères têtes blondes qui, chez leurs parents,
n'ont pas droit à ces amusements !
Plus que jamais, la musique réglée par Robert Miny est présente, jouée
en direct par une bande gaillarde de musiciens ou provoquée, en un singulier
concert, par les gouttes qui tombent implacablement sur des casseroles.
En osmose parfaite avec les numéros qui se succèdent, elle donne ses couleurs
aux tableaux, imprègne l'atmosphère qui se dégage des images surréalistes
: un champ de métronomes, un parapluie qui s'élève dans les airs, entraînant
vers le ciel son propriétaire... La scène se transforme en miroir, à moins
qu'elle ne devienne piste de danse pour un singulier ballet de serpillières.
On rêve. On s'amuse aussi quand un duo réinvente à sa manière le couple
du clown blanc et de l'Auguste, ou qu'une main, puis une femme s'échappent
du cornet d'un tuba. L'absurde est là. L'humour et l'ironie aussi. Mais
plus encore la poésie. Chaude, prégnante. Fondé il y a vingt ans par une
bande de « cogne-trottoirs » autodidactes (dont Bernard Kudlak, son directeur),
le Cirque Plume a conservé sa fraîcheur intacte. La grâce de l'émotion
pure.
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