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PLIC PLOC. Redites-le plusieurs
fois pour voir, ou plutôt pour entendre : plic ploc, plic ploc.
Il suffit de quelques gouttes dans une bassine pour donner la mesure du
temps, un temps qui n'appartient qu'au Cirque Plume, à sa poésie
de doux rêveurs. Plic ploc ou tic tac ? Goutte-à-goutte du
temps, avant qu'un champ de métronomes ne fleurisse sur la scène
et ne tente d'imprimer son rythme nettement plus comminatoire : tic tac,
tic tac - vous voyez bien, plic ploc ou tic tac, ce n'est pas du
tout la même chose, dans la vie. Et dans la vie, il y a deux camps,
irrémédiablement : les plic ploc, comme les Plume, et les
tic tac - de plus en plus nombreux, hélas !
Mais les tic tac ne l'emportent pas toujours au paradis : chez les Plume,
le champ de métronomes sera peu à peu recouvert par les
blés et les coquelicots, première et belle image du nouveau
spectacle de la troupe, présenté au parc de La Villette,
sous un grand chapiteau, jusqu'à fin novembre. Et une fois de plus
les Plume, qui ont fêté leurs 20 ans en 2004 avec cette nouvelle
création qu'ils ont tournée en France et en Europe, se sont
mis "en route pour le bonheur" - c'était le titre
de leur premier spectacle. Et nous avec, comme toujours avec cette troupe
née à Besançon d'une fanfare municipale, qui a renouvelé
la tradition du cirque avec son univers aérien et fantaisiste,
délicatement loufoque, tout en poésie visuelle et sonore.
Après s'être beaucoup envolés, cette fois-ci les Plume
se mouillent : Plic Ploc décline les jeux d'eau sous toutes les
formes et les couleurs possibles, sur la scène où les lumières,
le blanc et le noir jouent des effets de transparence et d'opacité.
GLISSER, COULER ET GICLER
C'est ainsi que l'on verra, à partir de la goutte d'eau inaugurale,
comment une fuite peut ouvrir les vannes de l'imagination. On verra comment
on peut jongler, de manière inouïe, avec des jets d'eau, les
transformer en feux d'artifice et faire danser dessus des balles blanches.
On verra l'étonnante acrobate Maëlle Boijoux, dans un numéro
aérien sur tuyau d'arrosage, glisser, couler et gicler comme si
elle était elle-même une goutte d'eau. On verra toute la
troupe, en un moment magique, terre, ciel et eau confondus, se livrer
à des jeux amoureux, et comment ils seront chassés de ce
paradis originel par le ballet des hommes-balais.
On verra le dompteur, en un moment qui contient tout l'humour irrésistible
de Plume, se faire avaler par une grosse bête fantasmagorique composée
de grands parapluies rouges et se faire recracher, tout nu, sur la scène.
On verra un homme voler avec son parapluie comme dans un dessin de Folon,
et une jeune acrobate (l'incroyable Laura Smith) tenter désespérément
d'y arriver, avant de se livrer à un époustouflant numéro
d'acrobatie aérienne. On verra à quel point le jet d'eau
peut être intempestif et incontrôlable, comme la vie.
On verra l'ahurissante contorsionniste Sylvaine Charrier, souple comme
un gant, danser comme une bulle le long de longues chaînes d'anneaux,
avant qu'un nuage de bulles de savon n'envahisse la scène, subtile
alchimie de l'air et de l'eau. Puis se livrer aux plaisirs enfantins,
innocents et sensuels, de l'eau et du miroir. On verra bien d'autres choses
encore, et les clowns-danseurs-musiciens-acrobates-jongleurs de Plume
finiront le long d'un grand rideau transparent, comme des poissons remontant
le cours d'une rivière, essayant de retrouver les origines.
"Le cirque, c'est la nostalgie du paradis", dit à
un moment l'un des merveilleux clowns de cette folie douce. Il faut croire
que le public, lui aussi, rêve du paradis : il fait un triomphe
à ce nouveau rêve de Plume, qui nous dit que "ce
n'est pas parce qu'il pleut qu'il va pleuvoir", et que le paradis
est toujours possible : il suffit de l'inventer.
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