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CHAPITEAU
LES SPECTATEURS ont pris place sous la grande tente. La salle est pleine.
Et malgré le brouhaha, plic, ploc, des gouttes d'eau se font entendre
en tombant du toit dans une bassine, posée à même
la scène. La Villette connaîtrait-elle un problème
d'entretien avec ses chapiteaux ? Du personnel s'affaire autour de la
fuite. Plic, ploc continuent de faire les gouttes. La décision
est prise d'aller voir l'étendue des dégâts. C'est
Gisèle qui s'y colle. Nageant dans son bleu de travail, la voici
hissée au bout d'une corde. Les spectateurs retiennent leur souffle,
comme pour un numéro de trapéziste. Puis sursautent d'effroi
lorsqu'elle manque de tomber. Plic, ploc, tout est pour de faux. Le spectacle
est déjà commencé...
Ballet aquatique
Il y a cinq ans, le cirque Plume jouait "Mélanges (opéra
plume)" à New York. Sous un dur soleil d'été,
la ville s'était transformée en fournaise. Planté
au milieu des gratte-ciel, le chapiteau avait dû se doter d'un immense
dispositif d'air conditionné afin de garder une température
convenable. Le président des Etats-Unis venait de refuser de signer
le protocole de Kyoto, qui proposait un plan de lutte contre le dérèglement
climatique. Sous le chapiteau, la condensation de l'air faisait bientôt
naître des gouttes d'eau qui tombaient éparses sur la piste
et même dans le public. Pourtant, ce ballet (presque) aquatique
venu du ciel s'intégrait petit à petit au spectacle : les
artistes improvisaient au milieu des seaux, serpillières, tuyaux
et autres ustensiles anti-nondation. Ainsi était né un numéro,
puis deux, et bientôt l'idée d'une nouvelle histoire : le
futur spectacle intitulé "Plic Ploc" que l'on découvre
maintenant...
Aujourd'hui, plus de machinerie compliquée pour lutter contre le
réchauffement de la salle. L'été indien, qui embellit
ce début d'automne, remplit à merveille ses fonctions. Les
gouttes d'eau continuent de pleuvoir mais pour le plus grand plaisir des
spectateurs cette fois.
Comme autant de métronomes prêtés par Dame Nature,
elles rythment chacun des trente tableaux qui composent la représentation.
Ici, une acrobate effectue des cabrioles d'anneau en anneau à plusieurs
mètres du sol, telle une Pierrette de la Lune contorsionnist ;
là, un orchestre improvise un solo de percussions sur des casseroles
(utilisées pour collecter les égouttements). Et Gisèle,
à la fois fidèle gardienne des lieux et plombier magique,
de veiller à ce que la scène ne se transforme pas en un
vaste aquarium. Sinon bien entendu, plic, ploc, tout partirait à
vau-l'eau !
Voilà vingt ans que le cirque contemporain Plume nous chatouille
le nez de ses ailes. Chacun de ses spectacles donne un peu plus l'envie
de s'envoler avec ses funambules. Ça tourne, bondit, virevolte
dans tous les sens pour éviter l'averse. Mais tout le monde au
final finit par se mouiller. « Plic Ploc » est la goutte d'eau
de poésie dans un trop grand océan de monotonie.
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