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PlicPloc***
Il suffisait d'une goutte. Ou de la crainte d'une goutte. Celle qui aurait
pu s'échapper de l'imposant dispositif de climatisation qui entourait
le chapiteau de la compagnie à New York, en juillet 2001. Le cirque
Plume avait investi la Grosse Pomme pour y donner son précédent
spectacle, Mélanges (opéra plume). Il faisait très
chaud dehors, agréable dedans. George Bush avait refusé
de signer le protocole de Kyoto contre le dérèglement climatique.
Le metteur en scène Bernard Kudiak, lui, s'interrogeait... Que
se passerait-il si le climatiseur se déréglait? "Quand
une goutte d'eau tombe, on met une gamelle dessous pour ne pas tout mouiller...
Et une goutte qui tombe dans une gamelle, ça fait une note de musique.
Plic ! Et plein de gouttes... Plein de notes. Plic Ploc !"
Gouttes et fuites. Bien arrosée, l'idée germe dans
la tête du metteur en scène et des artistes de la compagnie.
Celle d'un spectacle de cirque interrompu par des gouttes et des fuites.
La scène prend l'eau mais au cirque comme ailleurs... the show
must go on ! L'ingéniosité du cirque Plume est de ne pas
limiter l'idée au postulat. Car si l'eau s'invite et dérègle
les numéros des artistes, charge à eux de faire avec ! En
l'occurrence, transformer l'élément aquatique en agrès
"circassien". Et devenir charmeuse de tuyaux, dompteur de parapluies,
batteur ou jongleur de jets d'eau... C'est là que les aficionados
se réjouiront de retrouver le charme d'une compagnie qui fait aujourd'hui
le tour du monde.
Précurseur de ce que l'on nomme désormais le "nouveau
cirque", Plume déploie depuis plus de vingt ans son univers
poétique, musical et ludique en diable. Et avant tout extrêmement
drôle ! Ce n'est pas l'eau qui change la donne. Car aux images poétiques
(une rivière de métronomes et de coquelicots, une pluie
de bulles de savon, etc.) succèdent des séquences irrésistibles.
Réparer une fuite peut se révéler acrobatique. Mais
aussi déclencher l'hilarité générale puis
laisser bouche bée par un envol magique ! Les artistes mouillent
leurs (forts beaux) costumes et n'hésitent pas à faire preuve
d'autodérision. Car ici, aucune complaisance a l'égard d'une
imagerie des arts de la piste un peu désuète ("le cirque,
c'est la nostalgie du paradis).
Conventions et détournements. Et si le spectacle sacrifie
à quelques conventions traditionnelles (1e salut à la fin
de chaque numéro), il joue aussi de ses codes et les détourne
(mi-Auguste, mi-garçon de piste, Gisèle est appelée
à la rescousse à la moindre goutte). Ce qui n'exclut en
rien l'émotion et la beauté de certaines scènes,
telles une marée basse improvisée sur laquelle se promènent
des amoureux ou l'époustouflant numéro d'une petite contorsionniste,
mutine à faire s'évanouir un congrès de Kinés.
Drôle, fantaisiste et aquatique, PlicPloc est réjouissant
deux heures durant. Il faut dire qu'après le triomphe de ses précédentes
créations, le huitième spectacle du cirque Plume était
attendu comme le Messie. Ça tombe bien, il arrive en traversant
les flots.
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