Toute La Culture - TLC
5 décembre 2014

Tempus fugit ? : un cirque moderne et enchanteur, une petite éternité

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Pour célébrer ses trente ans d’existence, le Cirque Plume propose, pendant un mois encore, un spectacle à la Villette, à l’Espace Chapiteaux : « Tempus fugit ? Une ballade sur le chemin perdu ». Où l’on voit de grands circassiens faire naître une énergie d’enfer, dans des numéros où se mêlent noblesse et modernité. Un voyage à vivre absolument.

Un spectacle commémoratif… Le projet pourrait laisser craindre un recyclage fatigué. Seuls les familiers des productions du Cirque Plume pourront en juger. Ceux qui ont vu leurs débuts dans le Off d’Avignon en 1986, ou leurs spectacles à succès, Spectacle de Cirque et de Merveilles (1988), Toiles (1993), ou Plic Ploc (2004). Pour les autres, cette première rencontre sera un émerveillement. C’est qu’on a affaire, ici, à des numéros acrobatiques dans les règles de l’art, mais enveloppés dans des cadres visuels et musicaux hyper imaginatifs. A des séquences de clown sans nez, fondées sur la précision des gestes, avec un côté moderne. A une écriture qui ajoute à ces performances une bande originale d’exception, jouée en direct, et une sorte de scénario. Mêlant fuite du temps, et questions actuelles sur l’économie du spectacle vivant…

Du cirque bien moderne, donc. Mais pas prise de tête pour deux sous. C’est une fête permanente. Qui s’explique en premier lieu par le talent exceptionnel des interprètes : Diane-Renée Rodriguez, qui fait l’ouverture avec une ensorcelante danse sur son trapèze, qui la fait se retrouver tête en bas, en grand écart, ou tournoyer ; Sandrine Juglair, qui danse dans des draps blancs gonflés de vent, puis fait montre de prouesses sur son mât chinois ; Marie-Eve Dicaire, équilibriste d’exception, soutenue par huit xylophones en tubes de plastique ; Alain Mallet, le violoniste fou… Et Mick Holsbeke, clown star armé de son rire aux effets déments, qui joue en virtuose du chapeau, rate ses équilibres sur fil de fer, roule sur une sphère, dialogue avec un bidon à pattes, en n’oubliant pas la maîtrise, le bon goût et les oeillades au public. Ces performances servent une énergie commune, et sont euphorisantes. D’autant plus que règne, dans toute cette technique, un esprit détendu.

Ces talents conjugués font de chaque intervention un grand moment, qui rend le cirque moderne tout en respectant ses traditions. Les scènes s’étirent de façon à mettre en valeur leur interprète, à étonner le public et à raconter des histoires. A faire se succéder, en fin de compte, de petits moments de temps suspendu et décalé. Face au grand temps qui s’écoule, nos artistes proposent l’éternité de la poésie circassienne. On prend.

Geoffrey NABAVIAN