Factuel.info
29 mai 2017

« La Dernière saison » : du Plume à la puissance plume !

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IMPRESSIONS

L’ultime spectacle de la compagnie née à Besançon en 1983 est une pure merveille d’émotion et de finesse. A Casamène pour encore quinze jours, le spectacle joue à guichets fermés jusque mi-juin avant une tournée de deux ans passant parfois pas très loin de Franche-Comté…

C’est du Plume à la puissance Plume ! La Dernière saison est un spectacle aussi réjouissant que surprenant. Les amoureux de la troupe franc-comtoise la reconnaîtront, retrouveront l’inspiration et la poésie, l’humour potache et décalé, qui ont fait sa marque de fabrique et sans doute une bonne part du succès de ces trois dernières décennies. On n’est pas dépaysé quand pleuvent les plumes sur le plateau, tombent les feuilles, volent les danseuses et dansent les acrobates au son d’un orchestre envoûtant. Mais on est assurément embarqué, une fois encore conquis.

Ultime création de la compagnie, La Dernière saison propose une succession de tableaux d’une rare force d’évocation. Présente durant tout le spectacle, une branche suspendue donne, ou accentue, selon la lumière, la présence ou non d’une toile-écran, des ambiances allant de la féerie de l’apparition nocturne d’un lutin à l’atmosphère de peintures d’Extrême-Orient. La suggestion joue avec les évidences, les éléments et les saisons. Les clarines devancent l’arrivée du troupeau de musiciens vêtus de peaux de bêtes à cornes faisant irruption de derrière la colline, comme les Indiens d’un western cédant vite la place à une transe endiablée.

Les clowns n’ont pas de nez rouge ni grandes chaussures à gueules béantes, cela ne les empêche pas d’avoir quelques coups pendables à leur valise ou leur robe de bure. Un prieur se retrouve comme un ver devant la face austère émergeant fugacement de ce qu’on croit une demi-seconde être un tchador… tombant des épaules. Comme souvent au cirque, la morale est moquée, mais les moqueurs aussi, pour le plus grand plaisir des enfants dont on reconnaît le rire dans le public.

Les animaux ne sont jamais loin

Les prouesses corporelles d’Amanda Righetti, Analia Serenelli et Xàvi Sanchez-Martinez laissent toujours petits et grands admiratifs, transportés, émus quand les gestes souples rencontrent les mélodies mélancoliques ou les lumières tamisées. Anaëlle Molinaro, la contorsionniste récemment recrutée, provoque autant de rires et de lèvres mordues que de hauts-le-coeur : elle fait tout pour ça, de l’inaptitude feinte à skier en emmêlant ses lattes et ses jambes, aux incroyables nœuds qu’elle fait et défait avec sa tête et des membres...
S’il n’y a que des humains sur scène, les animaux ne sont jamais loin. Des clarines des pâturages qu’on vient d’évoquer aux autruches se transformant en oiseaux de basse-cour, jusqu’à ces étonnantes propositions du performer zoomorphe Cyril Casmèze qui fait aussi bien le gorille que le cochon avant de se retourner vers le public perplexe en lâchant « ben quoi, vous n’avez jamais vu un écureuil ? »

On passe par cinquante états, de l’un à l’autre en un instant. Toile de Charles Belle et de la forêt de Rochejean, le rideau fait l’écran et la mer, le fond de scène et la tempête. Un univers fantastique se mue en scène mystique. Le père Noël entame un dialogue de sourd avec le père Fouettard qui dit du Verlaine. Des porteuses de fagots font songer à Camille Pissarot
Et toujours la musique. Du rock aux ballades, des valises des clowns percussionnistes au bal où tout recommence, où l’amour naît de la danse...

De cette Dernière saison pointe par instants la nostalgie à venir… C’est aussi le plus émouvant spectacle que les Plume nous ont offert.

Daniel Bordür