La Voix du Nord
2 juillet 1991

Le Cirque Plume
De drôles d’oiseaux qui volent haut...

V.C.

JPEGPas d’animaux au cirque Plume, mais de la vie qui déborde de partout. Le dompteur viendra à bout de ses fauves. Ouf, on a eu chaud !

Plus de huit cents personnes avaient pris place sous le chapiteau des plumes l’autre soir au parc Sainte Emilie. On leur avait bien dit que ce n’était pas un cirque comme les autres, mais... Et puis soudain, les lumières se sont éteintes. Les regards convergent alors vers le centre de la piste et on attend l’arrivée d’un monsieur Loyal au visage fardé, coiffé d’un chapeau pointu. Première erreur. On ne voit rien mais on entend un bruit bizarre, léger et qui emplit petit à petit les oreilles. Ce sont eux, les " Plumes " qui descendent les gradins avec d’immenses boîtes en carton, des boîtes magiques d’où sortent ces bruits bizarres… Ce sont peut-être les rires des spectateurs précédents qu’ils ont réussi à enfermer dans leurs bottes par un tour de malice dont eux seuls ont le secret. Ou bien ce sont peut-être leurs derniers numéros qu’ils apportent non pas sur un plateau mais dans un vulgaire emballage...
C’est un dompteur qui lance le spectacle. Un vrai dompteur avec un costume de dompteur, un fouet, et un vrai regard perçant et froid. Son assistante lui présente des cigarettes qu’il découpe en rondelles comme un simple saucisson. Pendant ce temps, les animaux musiciens (ou plutôt les musiciens animaux) rugissent du trombone, du tuba et essaient de prendre le dessus. Les spectateurs en culotte courte ne s’ y trompent pas et réagissent au quart de tour (les autres aussi d’ailleurs, heureusement...) : les musiciens obéissent au fouet et calment leur tempo. Le dompteur ira même, dans un élan de courage jusqu’à plonger sa tête dans la bouche d’un féroce tuba. Il en ressortira indemne, salué par les rires et les applaudissements du public qui aura du mal à reprendre son souffle.
Chacun des numéros est suivi d’un intermède aussi loufoque que la prestation : une course effrénée met en piste quelques "plumes", poursuivies par un cabot nommé Zipo (C’est d’ailleurs lui le seul animal de la troupe, mais il parait que ce n’est pas le plus cabochard...). On trouve de tout au cirque Plume, la dérision, l’humour, la poésie, mais aussi l’acrobatie avec des numéros de corde, de trapèze, de vélo... Toujours sans filet d’ailleurs, parce que le cirque Plume est aérien. Il n’est fait que de légèreté et de poésie, alors, installer un filet au milieu de tout ça, ça ne se fait vraiment pas... Les bouffons ventrus et maquillés n’y ont pas droit de cité non plus. Tout au plus un petit clown qui tente de retrouver son nez rouge derrière un voile en contre jour en jouant avec son ombre. Plus tard, deux géants disputeront une partie de billard truquée avec des boules de lumière. Chaque numéro apporta son lot de sensibilité, d’inattendu et d’humour, du début à la fin. Pour le plus grand plaisir du public qui découvre un autre cirque, peut-être un vrai cirque...