La Provence
4 mai 2002

La "Récréation" salutaire du Cirque Plume

Ariane Allard

Initiateur du nouveau cirque contemporain,

Plume fête ses 18 ans à Marseille. Une halte prodige et belle, qui affiche quasi complet.

Dépêchez-vous… jusqu’au 12 mai !

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C’est comme un crescendo, puisqu’ils sont musiciens ; une ascension, puisqu’ils sont acrobates-voltigeurs ; un contre-ut, puisqu’ils sont chanteurs ; un feu d’artifice, puisqu’ils sont magiciens. C’est une envolée rare, de toute façon, qui nous mène et nous soulève dans l’euphorie d’un chapiteau plein à craquer. De gratitude, par exemple.
C’est une image, bien sûr, mais il faut dire, aussi, que c’est un cirque pas comme les autres : Plume parce qu’au début, il y a 18 ans, il était tout petit, tout léger, même si aujourd’hui il pèse lourd dans le renouveau d’un art nomade et baladin. Et puis surtout, jusqu’au 12 mai à Marseille, c’est un spectacle joliment intitulé Récréation, qui revisite 18 années de numéros, de musiques, de lumières, de fragrances, d’émotions. Justement.
Au début, on a un tout petit peu peur. Du copié-collé par exemple, du florilège un peu surfait. Hé quoi ! Ces femmes, ces hommes, cette troupe qui n’a pas voulu être changée par le. monde, à défaut de le changer ce fameux monde, nous a habitué à du haut de gamme déjanté, du périlleux-astucieux-merveilleux. Du meilleur, du mieux, en somme.
Et puis, dans la pénombre un tantinet rudimentaire de leurs installations (on peut aussi venir avec un coussin, remarquez...), on s’immerge très vite dans cette irrésistible bulle d’enfance. Celle-là même où on a le droit de chanter en se brossant les dents (une technique autrement dénommée le gargarisme en clé de sol). Celle-là même où les jeux d’ombres chinoises sur un sobre drap blanc décuple les biscotos d’un danseur un rien hâbleur. Celle-là même qui permet à un musicien nonchalant de chevaucher une contrebasse volante, au grand dam de ses congénères par trop terre à terre ! Comme Harry Potter (et bien avant lui). Plume réjouit les vrais petits (ah, ces rires cristallins dans la salle !)o* et chasse les rides des vrais-faux grands. Son public, acquis, conquis ; est d’ailleurs d’une tendre réactivité. D’une chaleureuse complicité.
Sont-ce les notes joueuses d’Erik Satie ou des Beatles ? Sont-ce les contorsions graciles d’une danseuse apparemment en caoutchouc ? Sont-ce les trouvailles visuelles qui transforment chaque numéro en tableau baroque ? Sont-ce les mini témoignages des artistes comme autant de ponctuations jamais ennuyeuses ?
Entendre "mon travail c’est jouer à faire semblant mais pour de vrai" confirme la rondeur, la fluidité d’un spectacle étonnamment cohérent, bien que présenté, a priori, comme une synthèse flâneuse, limite paresseuse. Disons un vide-grenier amusé.
La Récréation de Plume, à mi-chemin entre le cabaret, le cirque, la danse, le concert est, au fond, un formidable coup de balai à toutes les mauvaises idées. En ce moment, mais même tout le temps, on peut appeler ça, aussi, de la poésie.