Libération
8 octobre 2005

"Plic Ploc" en eau douce

Cirque . Bien ficelé et d’une rare finesse, le spectacle du Cirque Plume pèche par une poésie un peu niaise

Bruno Masi

"Plic Ploc" en eau douce | Libération (presse_plicploc) {JPEG}

Pour son retour à Paris, après de multiples tournées aux quatre coins du monde, le Cirque Plume a choisi l’eau pour thème central de sa nouvelle production. Plic Ploc est une histoire de fuites, de gouttes tombant sur le plateau ou des casseroles, de glissades le long d’un rideau humide, de parapluies transformés en bêtes féroces. L’idée en est venue à Bernard Kudlak, fondateur de ce collectif historique "nouveau cirque", lors d’une série de représentations au coeur de New York, en juillet 2001.
Dérèglement intérieur. Comme l’indique le programme : "Un immense dispositif de tuyaux extérieurs climatise à 23° centigrades sous toile, température acceptable pour le public de la Grosse Pomme. Pendant ce temps, le président des Etats-Unis refuse de signer le protocole de Kyoto, qui lutte contre le dérèglement climatique." Le directeur artistique imagine donc un dérèglement climatique intérieur, comme si le chapiteau se mettait soudain à prendre l’eau.
Joué pendant plus d’une année avant de rejoindre La Villette, Plic Ploc est une machine bien huilée. Les acrobates, dans leurs portés ou à la bascule, affichent une maîtrise proche de l’excellence. Un groupe d’inspiration world joue en permanence sur scène, rythmant les différents tableaux et mouvements : les volutes de houdou, les incantations enflammées, les grincements de synthé et les flip flop de l’eau scandent les entrées et sorties de la compagnie, soudée comme un seul homme.
"Standing ovation". C’est une pièce d’une finesse rare, où les métronomes semés sur la scène répondent à la pluie qui coule du plafond, les effets de prestidigitation aux jeux de réverbération sur la toile. Un homme en ciré s’envole sous les bourrasques de vent, une jeune femme se love dans des chapelets d’anneaux, et Kudlak frôle la perfection. Un couple dessine un coeur sur la scène, Gisèle se débat avec sa tuyauterie, et le public finit en standing ovation, prêt à se dévêtir pour communier.
On peut tout aussi bien ne pas se sentir concerné par cette mêlée d’images un peu tartes. Et passer le temps de la représentation à faire le vide dans sa tête, dans un accès de méditation bouddhiste.