Les vieux et les papillons (extrait n°7 du 4 juin 2007)

Les papillons {JPEG}
Les papillons {JPEG}

Aurore, Petite tortue, Azuré, Robert le diable sont les noms délicieux de quelques papillons qui ornaient mon jardin hier, jour de la fête des mères. J’ai planté des haricots, eu la joie de voir trois martins-pêcheurs qui se suivaient en poussant des petits cris de martins-pêcheurs. Etait-ce une femelle poursuivie par deux mâles ? Je ne sais pas.
Au-dessus de la Furieuse (la rivière qui passe chez moi), perché sur un vieux tronc plein d’excroissances qui le fait ressembler au cousin d’une baleine à bosse, un jeune cincle ébouriffé faisait sa toilette.
Le jardin de printemps est couvert de roses. De feuilles, d’odeurs, de verts, de roses, de rouges, de papillons et de beauté. J’ai même été frôlé par un oreillard hier soir en sortant les poubelles.
Samedi, j’ai fort débroussaillé, comme on dit en Belgique. Je m’étais acheté une serpe de débroussaillage, le matin, une belle, en bon acier qui coupe formidablement. Je l’ai perdue dans la journée. Tu parles d’un con ! Je n’ai pas bougé du coin où je travaillais, et le soir, en rangeant les outils, plus de serpe. J’ai retourné les tas d’herbes et de broussailles à la fourche pour voir si ma serpette neuve était dedans, rien ! Ça énerve ! Ce doit être le dieu des ronces et des mûres qui me l’a volée. Il n’y a aucune autre explication. Enfin, si vous la voyez traîner, écrivez-moi.

La compagnie est en tournée : le Cirque Plume joue dans le magnifique théâtre de la Filature à Mulhouse, ville dans laquelle j’ai passé mes années de lycée technique, en chimie.
Brigitte (Sepaser) et Robert (Miny) sont rentrés samedi après le spectacle pour être à la maison le matin de la fête des mères, puis sont repartis après la fête et les cadeaux, en début d’après-midi pour jouer à 17 heures.
Jeudi, j’avais appelé Robert pour lui souhaiter un bon anniversaire, non pas le sien, mais celui de "Sergent Pepper’s Lonely Hearth Club Band", l’album pivot des Beatles qui n’a pas pris une ride en quarante ans. Nous non plus. Et toc !

En parlant de ride, je suis allé voir "Pirates des caraïbes 3" en famille : c’est super, un film extra ! J’ai rêvé que Gustave Doré, William Blake et Victor Hugo, ressuscitassent et visionnassent ce film. La claque ! Les images sont souvent extraordinaires, elles sont inspirées par toute l’histoire de la peinture (mais, obsédé par la peinture, je suis peut-être de parti pris). Une belle part est faite au surréalisme, une autre au symbolisme romantique. Et puis il y a les gueules ! En 3 films, les gueules qu’ils ont trouvées pour jouer les pirates, je ne te dis pas ! Chaque fois, il y a des têtes de pirates extraordinaires et pertinentes, si bien qu’au 3ème film, on est sûr d’avoir vu la quintessence de la tronche de pirate possible et imaginable. Il n’y a plus rien à inventer.
C’est au milieu du film qu’arrive le must du must de la gueule du frère de la côte, la tête absolue du romantique vieux pirate des pirates, la tête idéale, indépassable, le mélange réussi de tout ce qu’on a déjà lu dans la littérature et la bande dessinée, vu à la télé, au cinéma et au théâtre, y compris le spectacle de fin d’année de l’école maternelle.
Je ne vais pas vous raconter le film, mais voici la scène où il nous enchante : un vieux pirate - le père de Jack Sparrow en personne - interrompt une réunion, la réunion de tous les pirates du monde afin de faire respecter le code de la piraterie ! Un pirate magnifique, une tête à pleurer d’émotion. La réussite absolue. La réunion, en une image, de tout ce qui faisait nos rêves de pirates, dans un visage sublimissime (et je suis en dessous de la réalité). Un choc. Une stupéfaction esthétique d’une beauté homérique. Le chef-d’œuvre ! Le maquillage est une réussite totale, certes, le costume, les bijoux y participent, c’est exact, mais il fallait une tête authentique de pirate, et il n’existe au monde qu’une seule tête possible. Laquelle ? Je vous le donne Émile : notre vieux caïman antédiluvien du Rock’n’roll, l’homme qui a sniffé les cendres de son père, Keith Richards lui-même ! C’est un géant : il n’est que quelques minutes dans le film, mais il imprime sa présence absolue et géniale, il qualifie le film, il en est la métonymie définitive… Astre noir de la piraterie… Étoile momifiée de nos années Rock’n’roll.
Pour ce seul visage, vous pouvez allez voir le film, le reste - et quel reste ! - C’est cadeau !

Pour finir dans les absences de rides, Patti Smith vient de sortir un album de reprises (Twelve). Adolescente, elle rêvait de venir se recueillir sur la tombe de Nerval, elle fait des lectures de Rimbaud (amour total) et William Blake. Elle chante Dylan, Neil Young, les Stones et Jefferson Airplane, elle chante notre jeunesse, elle aime et nous lit nos poètes préférés. Elle a 60 balais, la sorcière bien aimée, et pas une once de poussière.
Avec elle et eux, nous nous sommes construits et le Cirque Plume dans la foulée ! Hein, Robert, hein ?

Bien entendu, cette culture est celle de mai 68, celle-la même que le Président de la République française a promis d’éradiquer afin de la remplacer par une culture de l’adoration des riches et de l’argent, qu’il appelle "travail" pour ne pas choquer. Anatole France écrivait "Je sais que l’argent est cause de tous les maux qui désolent nos sociétés si cruelles et dont nous sommes si fiers !"
Le président récemment élu tient ses promesses, il ruine la France de nos enfants, pour aider les riches à l’être plus (il se bat les couilles de la dette de notre pays pour faire des cadeaux mirifiques aux nantis). Même la commission européenne s’en inquiète.
Et les Français s’apprêtent à lui donner une majorité écrasante pour continuer. Je ne comprends pas bien, mais je ne les ai pas souvent compris, mes chers compatriotes.
L’âge de la cupidité est arrivé pour notre cher pays de France. Le fric, le fric, le fric comme seule valeur. Faire travailler plus l’argent pour gagner plus d’argent. Partager moins l’argent pour faire gagner plus d’argent à ceux qui ont déjà de l’argent.
Joli programme : cupidité, cupidité, cupidité.
Jim Harrison, que j’aime bien, disait à propos du génocide et ethnocide des peuples indiens par son pays, les États-Unis d’Amérique : "La raison de nos conquêtes avait pour nom : cupidité". Et cette raison est devenue la morale dominante du monde moderne. C’est pourquoi le Président veut moderniser la France.
Le dictionnaire nous dit que "ces mauvais désirs (…) ont pour but immédiat, non pas la jouissance, le plaisir, mais l’acquisition des choses qui les procurent. Ils marquent l’envie d’avoir (…). Ce qui distingue la cupidité, c’est son ardeur, sa violence." (Lafaye, Dictionnaire des synonymes, cité par le "Grand Robert de la langue française" 2ème édition).

En prime, et pour calmer le peuple en lui donnant un os à ronger, le Président accordera (ou, pour le moins, l’a promis) aux moins riches l’autorisation officielle de persécuter les plus pauvres, les émigrés clandestins, les érémistes, les chômeurs qui sont les vrais responsables du chômage et de la misère, selon l’idéologie bleue foncée de la vague Sarkoziste qui plait tant à tout le monde.

À tel point que tout le monde se lâche, tels les centristes de l’U.D.F. qui renoncent à leurs valeurs et rentrent à la niche : un maire, celui d’Oyonnax (dans l’Ain, montagnes du Jura), écrit à un groupe de musique de chanson française, Les Ogres de Barbak, une lettre pour protester contre le fait que cet orchestre, ayant été payé par sa ville qui a voté à 60% pour Sarkozy, s’était permis d’exprimer une opinion qui n’était pas favorable à ce dernier. Dans sa lettre, il fait injonction aux artistes d’avoir une neutralité républicaine. Entendez : interdiction d’exprimer ses opinions.
Bravo monsieur, ça, c’est de la nouvelle France moderne décomplexée !
La presse des puissances de l’argent n’a plus - tant est qu’elle puisse en avoir eu - ni complexes, ni retenues : Lagardère et Bolloré censurent tout simplement et sans vergogne ce qui déplait au prince (voir Le Monde du 4 juin).
Le gouvernement ne fait plus semblant d’avoir une morale quant à la pluralité de l’information : le directeur de la communication de Sarkozy a été nommé sous-directeur de TF1. Au moins, désormais, la voix de son maître, c’est de l’officiel et plus du supposé.
La presse régionale s’y met aussi : dans le Jura, il existe un hebdomadaire rural et plutôt catho, "la Voix du jura" : depuis quelques semaines, ce journal fait dans la propagande directe pour Sarkozy. À le lire, on croirait lire le programme officiel de l’U.M.P.
Moi, il ne me plait pas du tout, ce programme. J’aime mieux la justice et l’équité. La liberté, l’égalité et la fraternité. J’aime mieux être heureux. "Quels que soient vos travaux et rêves, gardez dans le désarroi bruyant de la vie, la paix dans votre âme. Avec toutes ses perfidies, ses besognes fastidieuses et ses rêves brisés, le monde est pourtant beau" écrivait, (on l’a du moins cru), un anonyme dans une église de Baltimore en 1692. Ce très beau texte "Desiderata" a beaucoup circulé sur la toile. Il a en fait été écrit en 1927 par un poète anglais, Max Ehrmann .

Aujourd’hui, j’ai lu que la Chine n’allait pas laisser baisser sa croissance à cause du réchauffement climatique et certainement pas se laisser intimider par lui.
C’est vrai quoi, après tout, c’est qui qui commande ?
L’argent !

Soyez bon et doux avec le monde.
Et avec vous-même.

Je vous embrasse.

Bernard Kudlak